Notre nature

Rappelons encore une fois qu’un individu est un certain degré de puissance déterminé en tant que produit de la Nature par un très grand nombre de causes (hérédité, histoire affective, rencontres diverses, environnement, …).

Cet  individu va s’efforcer de persévérer dans son être, c’est-à-dire de produire des effets dont sa puissance est cause (actualiser sa puissance dans l’existence, soit, au contact des choses extérieures, c’est-à-dire des affections du corps, faire quelque chose afin de produire des effets). Spinoza dira qu’il est d’autant plus actif que les effets produits ont pour cause principalement sa propre nature.

Par exemple, le jeune qui choisit d’entamer un certain type d’études sous la pression parentale ne produit pas des effets dont sa nature est la cause principale. Il est passif.

Il importe donc d’essayer de mieux caractériser cette nature individuelle.

Elle est constituée d’une part « stable », le degré de puissance propre de l’individu, que nous pourrions appeler de façon plus moderne, sa complexion psycho-physiologique, et d’une part sans cesse en modification, son état de joies et de tristesses, qui dispose l’esprit et le corps à désirer et à agir en fonction de ces désirs.

Plus en détail, la complexion psycho-physiologique d’un individu  est  le résultat de causes provenant de trois plans distincts mais liés : le plan neurobiologique, soit son programme génétique et ses montages innés ; le plan relationnel de son être avec autrui, notamment de son histoire familiale ; le plan symbolique de son inscription dans une culture, dans une langue et dans une tradition.

L’état changeant du sujet peut être schématiquement représenté comme suit :

A un moment donné :

joies             amours                           joies            disposition    désirs

et        →       et       →   désirs  →     et          →  modifiée →modifiés

tristesses       haines                           tristesses

↓                     ↓                 ↓

provoquées       envers            de             nouvelles

par des causes       ces        rapprochement

extérieures       causes     ou éloignement

Ainsi c’est l’état de joies et de tristesses actuellement vécues qui va disposer l’individu à désirer ou non telle ou telle chose. Toute la différence entre passivité et activité réside dans le fait que les joies éprouvées sont elles-mêmes soit passives, c’est-à-dire induites essentiellement par les rencontres avec des causes extérieures, soit actives, c’est-à-dire correspondant à la propre complexion psycho-physiologique de l’individu considéré.

Ainsi, Pierre, jeune homme éduqué dans une exigence d’excellence, côtoie au cours de ses études Anne, étudiante brillante, pour laquelle il éprouve une grande admiration, source de joie. Quoique peu attiré physiquement par Anne, cette joie va lui faire désirer d’entrer dans une relation amoureuse avec elle. Cette joie, passive car induite par une cause extérieure à sa propre nature (il ne désire pas physiquement Anne), l’a disposé à un désir qui risque d’engager toute son existence dans une vie subie.

Quand on sait que « Toute notre félicité et notre misère ne résident qu’en un seul point : à quelle sorte d’objet sommes-nous attachés par l’Amour ? » (Traité de la réforme de l’entendement), on comprend combien il est essentiel à notre ‘ bien –vivre ‘ de nous interroger sur nos désirs et les buts que nous poursuivons.

Combien de nos désirs en effet sont aliénés c’est-à-dire le fruit de modèles, normes et valeurs, images, opinions, circonstances et hasards qui les détournent de leur rôle initial : le passage à une plus grande perfection, la nôtre, celle qui nous est propre.

Nous vivons alors la joie  de produire des effets qui nous correspondent. Et quand sommes-nous ‘ cause adéquate ‘ de nous-même ? Quand grâce à notre raison, nous comprenons comment les choses s’engendrent et se développent. Joie active et non simplement passive (comme celle que nous ressentons quand le soleil brille !).

Au vu de ce qui vient d’être dit à propos de nos désirs aliénés, il importe de bien comprendre les mécanismes de fixation de nos désirs.

Jean-Pierre Vandeuren

 

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Un commentaire pour Notre nature

  1. molestor14 dit :

    Salut,

    Le tableau n’est pas très lisible, est-ce que tu ne pourrais pas en faire une version en powerpoint, vision, ou autre outil plus idoine?

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