Aux origines des conflits, deuxième partie : aspect génétique (1)

L’article précédent montre de manière théorique quelles sont les causes des conflits. Il s’agit maintenant de rendre cette théorie opérationnelle, à savoir de détecter les mécanismes intrapsychiques qui travaillent en nous afin de nous faire sortir du conflit intérieur, car ces conflits sont inéluctablement liés à des conditionnements externes, et l’irrésolution individuelle doit être levée avant d’entamer la résolution des oppositions interindividuelles. Par exemple, un juré populaire aux assises est en face d’un conflit interne conditionné par sa situation de juré : il doit décider en faveur ou non de l’innocence du prévenu. Ce n’est que lorsqu’il aura pris sa décision que le verdict pourra être envisagé socialement.

Dans le contexte qui nous occupe, la question pratique qui se pose est d’éclairer les mécanismes obscurs, les réflexions « molles »,  que l’esprit utilise pour sortir des conflits internes qui le travaillent. Mais cette résolution, plus subie que travaillée, plus passive qu’active, débouche en général sur une confrontation conflictuelle avec les autres et, par voie de retour, sur une aggravation du conflit interne originel.

C’est l’un des mérites du psychologue Paul Diel (1893-1972) d’avoir  montré que ces mécanismes, en apparence inconsistants, obéissent à une logique rigoureuse. Il a nommé ces mécanismes la « fausse motivation ». Cependant, cette mécanique est contenue en germe dans l’Ethique et peut aisément se justifier à partir de certains résultats qui y sont énoncés. Nous les utiliserons pour présenter cette « fausse motivation ».

La fausse motivation trouve sa source dans la fausse estime que l’homme se fait de soi et des autres, fausse qui se traduit par les sentiments, dans la terminologie de Spinoza, d’orgueil et de surestime (respectivement surestime de soi et des autres), et de dépréciation de soi et de mésestime (respectivement sous-estime de soi et des autres). Diel utilise les termes respectifs de « vanité », « sentimentalité », « culpabilité » et « accusation ».

Schématiquement, on peut représenter ces quatre sentiments au quatre coin d’un carré dont les sommets supérieurs représentent la surestime (+) et les inférieurs la sous-estime (-) :

Soi                                                                   Autres

+                                                                          +                surestime

(ligne de défense)

Orgueil   ——————————-   Surestime

|                                                                         |

|                                                                         |

|                                                                         |

|                                                                         |

|                                                                         |

Dépréciation de soi ————————–  Mésestime

–                                                                         –               sous-estime (ligne d’attaque)

La proposition 25 de la troisième partie de l’Ethique énonce : « Nous nous efforçons d’affirmer de nous-même et de la chose aimée tout ce que nous imaginons nous affecter de joie, ou en affecter la chose aimée ; et, au contraire, de nier tout ce que nous imaginons nous affecter de tristesse ou en affecter la chose aimée ».

Lorsque cette imagination s’exalte, apparaît l’orgueil : « La joie née de qu’un homme a de lui-même une meilleure opinion qu’il n’est juste », ou encore du fait que l’homme se compare nécessairement à ses semblables : « La joie qui naît de la fausse opinion par laquelle un homme pense être au-dessus des autres ».

De la même proposition, en cas d’exaltation de l’imagination, apparaît aussi la surestime qui  « consiste à avoir de quelqu’un, par amour,  une meilleure opinion qu’il n’est juste ».

La proposition 26 de cette même partie, énonce : « Nous nous efforçons d’affirmer de la chose que nous haïssons tout ce que nous imaginons l’affecter de tristesse ; et, au contraire de nier tout ce que nous imaginons l’affecter de joie».

De là découle, en cas d’exaltation imaginative, la mésestime qui «consiste à avoir de quelqu’un, par haine, une opinion moins bonne qu’il n’est juste ».

Enfin, le sentiment opposé à l’orgueil se nomme dépréciation de soi qui «consiste à avoir de soi, par tristesse, une moindre opinion qu’il n’est juste », ou encore qui est « la tristesse qui naît de la fausse opinion par laquelle un homme se croît au-dessous des autres ».

Tout est à présent en place pour dévoiler la mécanique qui engendre les conflits …

Jean-Pierre Vandeuren

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