Aux origines des conflits, deuxième partie : aspect génétique (2)

« Chaque chose, selon sa puissance d’être, s’efforce de persévérer dans son être ». Mais cet effort est contrecarré par la puissance des forces extérieures qui surpasse infiniment  la nôtre. Ainsi, l’aspiration à l’augmentation de notre puissance d’exister, l’aspiration à la joie  qui nous anime tous n’est jamais entièrement, ni durablement satisfaite et cette déception relative se traduit par un malaise intérieur toujours plus ou moins présent en chacun de nous.

Contre cette insatisfaction vitale, l’homme n’est pas démuni. Il peut toujours la pallier en essayant de changer le changeable et d’accepter l’inchangeable. Il trouve dans cet effort adaptatif une relative réussite intérieure souvent plus sûre que la réussite extérieure. Mais si, au lieu d’appliquer ce remède naturel, il recourt au moyen pervers qui consiste à exalter son imagination, à jouer avec des pré-satisfactions imaginatives, il ne fait qu’accroître son malaise. De son attente déçue naît une irritation — une accusation — contre la vie, contre les autres, contre lui-même.

Chacun vit plus ou moins dans ce mécontentement en l’ignorant plus ou moins. Il se résigne avec fatalisme (C’est la vie… ; sous-entendu : triste vie) ou bien il tourne sa rancœur contre les autres. Il leur reproche leur malveillance ou leur indifférence : ils ne pensent qu’à leurs propres désirs et oublient les siens. D’où la fameuse définition donnée par un humoriste : « L’égoïste, c’est celui qui ne pense pas à moi».

Les ruminations de ce genre  restent d’habitude à l’état de sentiments vagues, d’idées rudimentaires, qui composent un climat affectif dans lequel chacun baigne, souvent à son insu, et à partir duquel il juge le monde. Cette réflexion « molle » possède un intense pouvoir déterminant : elle est si familière qu’elle apparaît évidente et ses conclusions irréfutables.

C’est dans ce mécontentement intime que l’agressivité exaltée prend sa source.

La « fausse motivation » est la logique qui sous-tend ces ruminations. Il ne suffit pas d’en comprendre le mécanisme pour s’en libérer ; mais cet effort d’objectivation aide au moins à reconnaître sa présence en nous-mêmes et chez les autres et, par-là, à diminuer son pouvoir de séduction ou d’irritation.

De l’exaltation imaginative naissent simultanément l’orgueil  auto-justificateur qui se manifeste par des prétentions imaginaires et des attitudes de parade, et la dépréciation de soi qui, au contraire, dramatise la situation et la transforme en angoisse morbide. Ces deux erreurs sont liées : l’orgueil est une surcompensation imaginative de la valeur individuelle, de même que la dépréciation de soi n’est souvent qu’un orgueil profondément déçu (voir à ce propos l’analyse effectuée dans la quatrième partie de l’Ethique au scolie de la proposition 57). Ces deux affects se renforcent mutuellement : plus la prétention orgueilleuse est forte, plus menaçante devient l’angoisse de la chute et plus tentant le recours à un nouveau raidissement égocentrique. L’orgueil et la dépréciation de soi sont projetés sur le monde ambiant (et sur les autres), donnant naissance à la mésestime  et à la surestime. Ces quatre sentiments  constituent ensemble ce que Diel appelle les quatre catégories de la fausse motivation. Aucune n’existe seule : si l’une est présente, les trois autres le sont aussi et avec le même degré d’intensité (voir l’analyse du scolie mentionné ci-dessus).

Chacune de ces catégories étant instable, tend à se renverser dans une autre en une sorte de tournoiement destructeur. Le tohu-bohu intérieur qui en résulte tend à s’organiser autour de ces quatre pôles catégoriels. Entre eux s’instaure une sorte de jeu des quatre coins que nous avons représenté dans l’article précédent par un carré.

Le mépris, la haine et tous les conflits qui en découlent, relèvent de la mésestime (Diel utilise le vocable d’accusation, qui est plus parlant dans ce contexte). Toutes les accusationsexpriment la rancœur excessive contre autrui, censé être la cause de notre insatisfaction. Cette animosité peut se traduire par des imaginations et des comportements divers, mais qui convergent tous vers le même but : éliminer, en imagination ou en réalité, ceux qui font obstacle à notre satisfaction ; ou, du moins, leur dénier le droit d’être comme ils sont et les contraindre à changer : à changer de langage, de conduite et même de personnalité, en leur infligeant une leçon ou une correction dont ils garderont le souvenir et qui servira d’avis aux amateurs. Les trois autres catégories de faux motifs apportent chacune à la mésestimeleur coloration particulière. Cette coloration va dépendre de ce que nous avons appelé l’état disposé de l’individu, c’est-à-dire l’ensemble actuel de ses joies et de ses tristesses. Quand la joieprédomine, l’orgueil prend le dessus sur la dépréciation de soi et la mésestime  s’exprime par le désir d’humilier l’autre, voire l’éliminer ; quand c’est la tristesse, c’est-à-dire la diminution de la puissance d’exister qui prédomine, alors la dépréciation de soi prend le dessus sur l’orgueil et se manifeste par la peur d’être humilié et éliminé par l’autre ; la surestime venant dans les deux cas relayer et renforcer la tendance accusatrice sous forme de déception exaltée envers l’autre et de prise en pitié de soi.

Selon Diel, les quatre catégories de la fausse motivation constituent la décomposition ambivalente d’une qualité réelle — de la juste motivation — insuffisamment assumée : ici, la capacité d’estime de soi et d’autrui.

La Haine

Comme le suggère l’image du « carré », l’orgueil s’y trouve en haut et exerce une action symbolique de haut vers le bas, ce qui se traduit dans les faits par le mépris de quelqu’un qui s’imagine supérieur pour quelqu’un qu’il imagine inférieur et le désir d’« écraser » ce dernier. Sous sa forme la plus radicale, cette attitude est la haine. Quand l’orgueil prédomine, il entre dans la haine beaucoup de mépris : celui du maître pour l’esclave, du surhomme pour le sous-homme qui doit courber la tête ou disparaître. Il s’agit de remettre l’autre à sa place : de le rabaisser, de l’humilier (c’est-à-dire, selon l’étymologie, de le ravaler au niveau de la terre, voire plus bas que terre) et de rehausser ainsi sa propre supériorité orgueilleuse.

Au niveau des relations sociales (sous-niveau qualifié de « micro » dans un article précédent), à côté de manifestations évidentes où la brutalité physique et la vexation délibérée tiennent une large place, la haine prend d’habitude des formes plus feutrées. Tempérées par la politesse conventionnelle, les accusations deviennent insidieuses : ce sont des reproches plus ou moins voilés, des observations ironiques, le besoin continuel de critiquer, la joie maligne prise aux malheurs d’autrui, par exemple. La pointe accusatrice peut même disparaître derrière le masque de l’indifférence glaciale. Ignorer l’autre, ne plus lui adresser la parole, le regarder sans le voir, faire comme s’il était transparent, est une forme intense d’accusation.

Au niveau des communautés, régions ou états (niveau qualifié de « macro »), la haine trouve un souffle nouveau dans la surestime. L’orgueil individuel est souvent fragile parce que les capacités personnelles sur lesquelles elle se fonde, sont finalement limitées. L’orgueil collectif — il ne faudrait plus parler ici d’ego mais de nos — possède un support plussolide. Il est la croyance que le groupe auquel on appartient — familial, social, ethnique, politique, culturel, religieux…— est supérieur à tous les autres, qu’il détient la vérité sur le sens de la vie et qu’il est destiné à la faire triompher. Dès lors, l’individu oublie ses propres limites.La surestime s’y trouve canalisée vers les leaders charismatiques qui sont capables de la cristalliser autour de leur personne. Staline disait ainsi dans son discours aux funérailles de Lénine qu’il y avait chez les bolcheviks quelque chose de radicalement différent des autres hommes. Pour Hitler, la race aryenne, forgée par les combats et exaltée par la victoire, devait engendrer le Surhomme.

A partir de ce sentiment de supériorité collective, l’individu peut se croire investi d’une mission sacrée : aider au triomphe du Bien dont son groupe est l’incarnation et, pour cela, éliminer ses ennemis, incarnations du Mal. Gott mit uns. La mésestime devient alors fanatisme et se veut purificatrice. Il ne s’agit plus seulement de supprimer des adversaires mais de châtier des êtres immondes : de les convaincre de leur ignominie, de les contraindre à l’expier, parfois d’entreprendre de les rééduquer par la souffrance ou les exploiter jusqu’à la mort et, si le temps presse, de passer tout de suite au dernier stade : celui des exécutions massives. Tout cela ne va pas sans une forte dose de sadisme moralisateur. Les guerres, génocides et autres massacres collectifs trouvent ici leur source commune.

Le fanatisme est d’autant plus dangereux qu’étant la caricature de l’enthousiasme, il peut apparaître comme l’accomplissement du sens de la vie — le véritable remède contre le malaise existentiel — et exercer un pouvoir d’attraction intense. Comme on le voit par l’exemple du communisme, entre autres, l’évidence des faits — les monceaux de ruines et les millions de morts — peut être impuissante à dissiper entièrement la nostalgie du rêve.

La Peur

La mésestimepeut aussi trouver sa source principale dans la dépréciation de soi et prendre la forme de la peur.

D’abord la peur d’être pris en faute : écrasé par sa propre dépréciation de soi. L’accusation d’autrui offre alors un dérivatif commode. Elle permet de projeter sur les autres son propre sentiment de culpabilité : c’est de leur faute. Elle permet de se disculper en les inculpant et de rétablir ainsi l’orgueil d’être irréprochable. Le bouc émissaire est chargé de tous les péchés du monde et mis à l’écart ou lapidé, en paroles ou en actes. Le procédé est simple et tout le monde l’utilise.

Son principe est évident ; mais comme il s’agit de sentiments que nous ignorons en partie, ils échappent facilement à l’observation ou sont tenus pour négligeables. Le plus souvent, la projection accusatrice consiste dans une hargne diffuse plus que dans un reproche précis. A force de chercher l’autre, comme dit très bien le langage populaire, on finit toujours par trouver un point faible qui justifiera a posteriori les soupçons.

La peur est aussi celle d’être dominé et humilié par les autres. Elle est particulièrement aiguë chez ceux qui ont été effectivement battus dans tous les sens du terme. L’échec subi et les humiliations endurées laissent parfois des traces ineffaçables : elles entretiennent un sentiment sous-jacent de nullité et d’impuissance, et l’angoisse d’être à nouveau battu si jamais on relevait la tête.

Il est naturel que les victimes veuillent prendre leur revanche, ne serait-ce que par souci de justice. Mais ce besoin peut s’exalter en vengeance et conduire à des répliques disproportionnées qui vont jusqu’à vouloir inverser les rôles et se changer soi-même en bourreau. En général, ceux qui ont su affronter les épreuves avec courage ont moins besoin de revanche ; les combattants éprouvent souvent de l’estime pour l’adversaire et sont prêts à conclure avec lui la « paix des braves ». Ce sont plutôt ceux qui ont eu peur et se sont tus  qui se montrent après coup les plus vindicatifs et les plus cruels. Les blessures de l’orgueil cicatrisent moins bien que celles du corps…

Au niveau macrosocial, lorsque l’accusation s’enracine dans la peur, la surestime peut la renforcer de plusieurs manières. En premier lieu, la soumission absolue à une autorité imaginée toute-puissante — Dieu, le Chef, le Parti — peut exalter au plus haut point l’angoisse d’être pris en faute et, par suite, rendre plus pressant le besoin de trouver un bouc émissaire ou le devoir d’exterminer les méchants.

Par ailleurs, toute forme d’admiration excessive risque d’induire par comparaison un sentiment de nullité personnelle. Feuerbach a montré comment l’être humain se dépouillait en imagination de ses qualités relatives pour les projeter à un degré absolu sur des idoles, devant lesquelles il se prosternait et dont il implorait l’aide : processus qu’il a appelé aliénation et dont Marx s’est souvenu en le transposant sur le plan matériel. Toute entité, bonne ou mauvaise, qu’on imagine omnipotente ne manque pas d’intimider et peut même susciter un effroi paralysant. Ainsi, nombre d’idéalistes qui accusent le monde d’être mauvais, finissent par se faire de lui une image terrifiante. Ils le voient peuplé de monstres, de loups en face desquels les pauvres agneaux qu’ils croient être se trouvent complètement désarmés. Paralysés à la fois par cette terreur secrète et par leur soi-disant supériorité morale, ils sous-estiment leur capacité de riposte : leur force véritable aussi bien que leur agressivité cachée. Ce comportement est dangereux : non seulement la peur inhibe la combativité et, avec elle, la possibilité — souvent très réjouissante — de changer les situations extérieures, mais elle finit par provoquer ce qu’elle redoute. La peur des coups attire les coups. Il y a des victimes nées : des êtres dont la seule apparence invite à l’abus. Les animaux le savent d’instinct : le chien qui aboie devient furieux si on a peur, et il mord si on cherche à fuir.

On observe de nos jours une variante de ce processus qu’on pourrait qualifier de banale car personne n’en est tout à fait exempt. Elle se traduit par une forme d’accusation qui ne relève plus de l’idéalisme mais d’un désir excessif de tranquillité. L’effondrement des croyances et principes traditionnels qui servaient de support aux valeurs et réglaient la vie humaine depuis des siècles, laisse aujourd’hui désemparés le plus grand nombre. Après des décennies où le maître-mot était l’engagement, il s’est produit un mouvement inverse de repliement égocentrique, en soi assez frustrant, avec ses fausses justifications et ses multiples ambivalences : égocentrisme étroit et altruisme débordant, individualisme sourcilleux et esprit grégaire, rejet de l’autorité et penchant à l’assistanat, etc. Ces attitudes apparaissent aussi comme des dérives de nos systèmes démocratiques, où la tendance à l’égalité, devenu l’égalitarisme, prend le pas sur la liberté. Alexis de Tocqueville dans son ouvrage « Sur la démocratie en Amérique » (1840) soulignait déjà cette tendance dégénérative de la démocratie, qu’il nommait le « despotisme mou ».

Cette vague d’individualisme se traduit notamment par un désintérêt excessif pour les problèmes collectifs et un désir immodéré de tranquillité personnelle. Un tel égocentrisme n’est pas sans danger. Sur le plan général, la « politique de l’autruche » conduit à écarter les problèmes dérangeants et à différer dangereusement les sacrifices nécessaires. Les crises économiques actuelles de nos sociétés occidentales sont les conséquences de cette attitude au niveau politique. Sur un plan personnel, ce type de refoulement conduit ceux qui le pratiquent à étioler leur combativité et à la projeter magnifiée sur des entités collectives abstraites : la société, le gouvernement, les « gros » et, en général, tous ceux qui répondent au terme générique de « Ils » (Ils exagèrent ; ils se moquent de nous ; mais qu’est-ce qu’ils attendent ?). A ces entités, l’opinion prête le pouvoir magique de tirer tous les fils et la capacité de résoudre tous les problèmes. Elle se sent en droit d’exiger d’elles une vigilance sans faille — pendant exact de sa propre insouciance — et ne cesse de maugréer dans la mesure où son attente est toujours déçue, que ce soit par l’insuffisance des interventions ou par leur excès.

Par justice immanente, ce désir excessif de fuir les soucis finit par les rendre accablants. Les individus qui, par paresse d’esprit, ont perdu leur combativité et leur force d’acceptation, deviennent des râleurs et des moroses : ils se croient opprimés alors qu’ils sont peut-être surtout déprimés. Ils veulent qu’on leur fiche la paix ; que n’essayent-ils de se l’apporter à eux-mêmes.

Jean-Pierre Vandeuren

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2 commentaires pour Aux origines des conflits, deuxième partie : aspect génétique (2)

  1. molestor14 dit :

    J’ai trouvé très intéressant l’avant-dernier paragraphe sur la tendance à l’individualisme et au désintérêt pour les problèmes collectifs. Tu pourrais faire un article pour approfondir le sujet?

  2. molestor14 dit :

    Plus précisément, je me demande comment articuler ça avec deux mouvements initiés depuis quelques mois chez Nath (surtout le premier) et moi (les deux) :
    – la philosophie zen, avoir moins pour vivre mieux, que l’on essaie d’appliquer aux différents aspects de notre vie, avec comme mot d’ordre de se débarrasser du superflu qui nous « encombre », voire nous « pollue ». Ca vaut pour les objets (surtout), mais aussi pour les activités, les relations, etc. Le déclencheur ayant été le livre « l’art de l’essentiel », dans lequel je me suis retrouvé, et qui m’a encouragé à aller plus loin dans cette réflexion, nous avons poursuivi également par la lecture du blog http://zenhabits.net/ qui fait l’apologie de la vie simple et du clutter-free zone (zone libre de bordel). La question étant dès lors : quand bascule-t-on (ou risque-t-on de basculer) d’une vie désencombrée à un individualisme maladif?
    – le rejet de la société et des médias : dans la lignée de cette philosophie, j’ai été plus loin en me débarrassant de la relation aliénante avec les médias de masse (journaux, TV, et même radio), qui à mon sens nous abreuvent soit de publicités pour de l’inutile, soit de banalités, soit encore de nouvelles déprimantes et incomplètes (voire incorrectes) qui ont pour effet de nous miner le morale à horaire régulier, ce qui résulte en une morosité ambiante. Pour la société, c’est plus complexe, j’ai effectivement perdu foi dans le système que je ne crois plus apte à fournir des dirigeants à même de gérer le pays (ou région, etc.) de manière efficace. S’en suit un rejet de ce système (abstention de vote), pas forcément des personnes. Par contre, il n’y a pas non plus de volonté d’oeuvrer pour changer ce système, ne sachant par quel bout le prendre. J’ai donc l’impression ici d’être déjà plus proche de l’individualisme dont tu parles. Par contre, je tiens toujours le discours, à qui veut bien l’entendre, que je fais ce choix, mais que je suis conscient que par ce choix (rejet et absence d’action pour changer le système), je perds de facto le droit de me plaindre. Aussi, j’évite autant que faire se peut de me lamenter sur le système et d’accuser les dirigeants des malheurs qui peuvent nous arriver. J’ai plutôt l’impression de me positionner dans une relation de voisinage sans histoire, je ne me mêle pas de ça et je ne leur demande rien… Est-ce que cette position paraît tenable?

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