La consultation philosophique comme « thérapie »

Ou comment  « mieux penser pour mieux vivre » grâce à Spinoza.

 

Toute l’Ethique concrète de Spinoza est un combat contre la Tristesse sous toutes ses formes (dont la Haine) et un éloge de la Joie sous toutes ses formes (dont l’Amour).

L’être humain est en effet un être d’affects. L’affect, c’est à la fois l’affection corporelle (sensation et émotion) et l’idée de cette affection (représentation mentale et sentiment).

Union profonde du corps et de l’esprit donc mais sans action de l’un sur l’autre.

Simplement chaque événement corporel a son équivalent mental et chaque événement mental

a son correspondant physique.

 

C’est sous l’influence de multiples causes externes et internes, l’être humain étant une partie de la nature et de la culture, que toutes les variations de sa vie affective s’expliquent. Elles correspondent à une augmentation  (il est alors dans la Joie) ou à une diminution (il est alors dans la Tristesse) de sa puissance d’être, de penser et d’agir.

La Joie et la Tristesse sont en fait les expressions alternatives de la couche fondamentale de l’affectivité humaine qu’est le Désir ou « effort pour persévérer dans notre être », véritable force naturelle et vitale d’exister et d’agir, dynamisme énergétique interne tant au niveau corporel que mental.

Ce Désir prend toujours  la forme de désirs particuliers de ceci ou de cela et c’est cette double détermination qui fait naître, oh combien, d’ambivalences et de conflits au cœur de nous-même et avec les autres. Et comme c’est parce que nous désirons une chose qu’elle est désirable (et non parce que la chose l’est en elle-même de façon universelle), il est primordial de s’interroger sur ce qui influence et détermine nos envies et nos valeurs.

       En « philothérapie » avec Spinoza, nous partons à la recherche des causes de nos désirs  pour nous libérer des problèmes et des souffrances liés à  leur errance en cessant d’être le jouet de notre imagination.

Comment les mécanismes de l’association, du transfert et de l’imitation, sans compter notre mémoire affective, ont-ils été et sont-ils à l’œuvre dans nos attirances (c’est bon) et nos répulsions (c’est mauvais) ?

Si  « Toute notre félicité et notre misère ne résident qu’en un seul point : à quelle sorte d’objet sommes-nous attachés par l’amour ? » (Traité de la réforme de l’entendement), il est essentiel de partir sur le chemin de la connaissance de nous-même, vérité de notre être qui se révèle dans nos joies et nos tristesses. Nous avons ‘ emballé ‘ notre Joie, notre augmentation de puissance dans telle chose, relation, ou situation : pourquoi ?  Nous avons fui  telle chose, telle relation ou situation : Pourquoi ?

Quelles sont les idées qui sont derrière nos joies et nos tristesses, derrière nos amours et nos haines ?

Question d’autant plus importante que nous sommes peut-être aujourd’hui  plein de doutes, de

crainte ou de haine, insatisfait, déçu, humilié, révolté et meurtri.

  Mais  de ce « malheur », nous ne sortirons pas en accusant les autres et le monde !

Nous allons ramener le ‘ processus ‘ à nous-même qui sommes au centre de tout.

Grâce à la « philothérapie » avec Spinoza, nous allons passer de la passivité à l’activité.

Grâce à la redécouverte de notre Désir véritable, nous allons nous unir à des choses et des êtres qui nous correspondent, qui s’accordent avec notre nature.

Grâce à notre raison, c’est-à-dire à notre esprit qui comprend, nous allons passer de la simple conscience encore confuse à la connaissance claire et distincte, celle des propriétés de tous les sentiments que l’homme peut  éprouver. Ce qui nous permettra non seulement de nous comprendre mais aussi de comprendre les autres.

Exemples : «  L’Orgueil est  donc la Joie née de ce qu’un homme a de lui-même une meilleure opinion qu’il n’est juste. Par ailleurs, la Joie qui naît de ce qu’un homme a d’un autre une meilleure opinion qu’il n’est juste s’appelle Surestime ; et enfin la Mésestime est celle qui naît de ce qu’il a d’un autre une opinion moins bonne qu’il n’est juste. » ( Eth.III, 26, scolie)

Et « (…) Ces sentiments de haine et ceux qui leur ressemblent se rapportent à l’Envie qui n’est donc rien d’autre que la Haine elle-même en tant qu’on la considère comme disposant l’homme à se réjouir du mal d’autrui et au contraire à s’attrister de son bien.(…) »(Eth.III, 24, scolie)

Et « Cette imitation de sentiments, quand elle concerne la Tristesse, s’appelle Pitié, mais si elle concerne le désir, elle s’appelle Emulation qui n’est donc rien d’autre que le Désir d’une chose qui naît en nous parce que nous imaginons que d’autres êtres semblables à nous ont le même Désir.(…)(Eth.III,27, scolie)

Grâce à notre esprit hautement actif, nous comprenons comment les choses s’engendrent et se développent et nous comprenons que c’est l’altération de notre puissance d’agir qui est au premier plan devant l’objet ou la personne aimé(e):  «(…)  L’Amour en effet, n’est rien d’autre que la Joie accompagnée de l’idée d’une cause extérieure ; et la Haine, rien d’autre que la Tristesse accompagnée de l’idée d’une cause extérieure.(…) » (Eth.III, 13, scolie)

Cette compréhension nous permet de nous rendre plus libre : nous séparons notre Joie ou notre Tristesse d’une chose extérieure considérée comme cause, raison ou motivation unique pour les resituer dans un ensemble plus vaste d’autres causes oeuvrant en nous et au cœur du monde.

Nous comprenons que notre Joie et notre Tristesse reposent sur notre corps et notre esprit à la conquête de la Fermeté et de la Générosité : » (…)Toutes les actions qui suivent des sentiments qui se rapportent à l’esprit en tant qu’il comprend, je les rapporte à la Force d’âme que je divise en Fermeté et en Générosité. Car par Fermeté, j’entends le Désir par lequel chacun s’efforce de conserver son être d’après le seul commandement de la Raison. Et par Générosité, j’entends le désir par lequel  chacun s’efforce, d’après le seul commandement de la raison, d’aider les autres hommes et de se lier avec eux d’amitié. (…) »(Eth.III,59, scolie).

 

Nos affects cessent ainsi d’être excessifs, ils n’occupent plus une place obsessionnelle dans notre vie psycho-affective. De la sérénité apparaît et de l’énergie se libère pour agir en vue d’un mieux-être.

Cécile Balligand

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