Spinoza et l’effet placebo

Les premières traces de remèdes dépourvus de tout principe actif remontent à l’Egypte Antique. Le papyrus d’Ebers, datant de 1500ans av. JC, dresse une liste de 800 prescriptions courantes en Egypte, dont 700 sont reconnues comme médicaments véritables, les autres étant ce qu’on appellera plus tard  des « placebos ».

Néanmoins, ces « faux » médicaments, ces « placebos », parviennent souvent à améliorer l’état des malades lorsque ceux-ci croient prendre de véritables remèdes actifs : c’est l’effet connu sous le nom d’ «effet placebo », dont l’explication demeure jusqu’à présent obscure.

Nous voudrions montrer ici que cet effet trouve une explication très simple si l’on adopte le point de vue métaphysique du monisme spinoziste qui se traduit anthropologiquement par l’unité de l’esprit et du corps (l’esprit et le corps expriment le même individu sous deux attributs différents, la Pensée et l’Etendue).

Placebo et effet placebo

Un placebo est une préparation pharmaceutique (pilule, cachet, potion, etc.) dépourvue de tout principe actif et ne contenant que des produits inertes.

Le terme « placebo » provient du verbe latin « placere » (plaire) conjugué à la première personne du futur (je plairai). Cette appellation fut utilisée à partir de la fin du XVIIIe siècle où elle était définie comme « comme un qualificatif donné à toute médication prescrite plus pour plaire au malade que pour lui être utile. « 

Il s’agit donc d’un produit absolument inactif administré à la place d’un produit actif à un patient qui ignore totalement cette substitution.

L’effet placebo est alors l’écart positif entre le résultat thérapeutique observé et l’effet thérapeutique prévisible en fonction des données strictes de la pharmacologie.

La distinction entre placebo et effet placebo est nécessaire car un médicament actif peut aussi engendrer un effet placebo. Par exemple, si à la suite d’une prise d’aspirine une personne se sent mieux au bout de quelques minutes à peine, alors que le temps nécessaire est d’environ une heure, on peut parler d’effet placebo.

L’existence de l’effet placebo est confirmée par les études statistiques qui mettent en évidence une amélioration de l’état des patients de l’ordre de 30% en moyenne et pouvant atteindre les 60-70% dans les cas de migraine et de dépression.

Variation de puissance du corps versus variation de puissance de l’esprit

Personne ne contestera que la maladie affecte notre corps et qu’il  vit cette affection comme une diminution de sa puissance d’être et d’agir et, qu’inversement, il vit la guérison comme une augmentation de cette  puissance. Ces affections du corps sont aussi accompagnées d’idées et l’esprit affirme par ces idées sa propre diminution ou augmentation de puissance. La guérison du corps peut s’expliquer par l’utilisation d’un médicament actif, comme un antibiotique dans le cas d’une infection bactérienne. Et alors, on pense naturellement cette variation de puissance de l’esprit comme une conséquence de la variation correspondante de la puissance du corps, comme une influence de l’état du corps sur celui de l’esprit (le médicament a guéri le corps, d’où il s’en suit une amélioration de l’état de l’esprit), influence que réfute Spinoza avec la plus grande vigueur : « Ni le corps ne peut déterminer l’esprit à penser, ni l’esprit ne peut déterminer le corps au mouvement, ou au repos, ou à quelque chose d’autre » (Eth III, 2). La joie et la tristesse, qui sont ces passages de l’homme à une plus grande ou moindre puissance d’être ou d’agir, sont, en tant que sentiments, constitués en même temps d’une affection corporelle et de l’idée de celle-ci (Eth III, définition 3). Les variations de puissance du corps et l’esprit sont simultanées.

Lorsque le médicament est un placebo, ne contenant ainsi aucune substance active, il ne peut pas agir directement sur l’état du corps. Mais l’esprit, ignorant cette absence de produit actif, imagine son efficacité : il a « une idée confuse par laquelle il affirme une force d’exister de son corps ou d’une partie de celui-ci, plus grande qu’auparavant », autrement dit il éprouve de la joie (Eth III, définition générale des sentiments). L’effet placebo montre qu’alors le corps vit lui aussi, une augmentation de sa puissance sous la forme d’une amélioration de son état maladif.

Mais à nouveau, selon Spinoza, il est faux d’en inférer, de façon cartésienne, une influence de l’esprit sur le corps. Par quel moyen d’ailleurs ? Descartes avait imaginé à cet effet l’existence d’une glande qu’il avait nommée « pinéale », par laquelle « il n’a rien montré du tout que l’acuité de sa grande intelligence » (Eth III, Préface). L’explication la plus cohérente est qu’il s’agit, comme expliqué ci-dessus, d’une simultanéité de variation de puissance, due à l’unité de l’esprit et du corps.

Jean-Pierre Vandeuren

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