Le Manipulateur Pervers Narcissique (1)

« Le mouvement pervers narcissique est une façon organisée de se défendre de toutes douleurs et contradictions internes et de les expulser pour les faire couver ailleurs, tout en se survalorisant, tout cela aux dépens d’autrui et non seulement sans peine mais avec jouissance ».

C’est ainsi que Paul-Claude Racamier, médecin psychiatre et psychanalyste français (1924-1996), décrit dans un de ses ouvrages paru en 1992, une forme de « vampirisme affectif » destructeur, effet provoqué par le « pervers narcissique » ou « manipulateur », un être qui n’est que manipulation et désir de nier l’autre, en même temps que recherche sans fin de l’autre pour le vampiriser et se valoriser à ses dépens, donc à des fins d’exploitation.

Depuis, l’expression et le concept ont fait florès : à en croire les discussions de bureau, ils seraient des millions. Quiconque souffre d’un chef de service tyrannique, d’une sœur médisante ou d’un fiancé de mauvaise foi crie au pervers narcissique. Et, à en croire également l’inflation de livres consacrés au sujet, il se pourrait bien qu’ils soient plus nombreux que jamais … bien qu’il n’y ait aucun chiffre pour le prouver.

Démarche de compréhension « psy »

Comme dans la plupart des concepts « psy », quoique l’on parvienne intuitivement à le cerner relativement bien grâce à la description de ses effets, les définitions sont peu précises et varient d’un auteur à l’autre, certains identifiant pervers narcissique et manipulateur, d’autres introduisant une pathologie intermédiaire sous le terme de « pervers manipulateur » tandis que des troisièmes se contentent de décrire des effets, sans vraiment donner de définitions.

Ainsi, il y aurait des moyens techniques pour démasquer ces « monstres », en comptabilisant certaines attitudes ! Par exemple, Isabelle Nazere-Aga, thérapeute comportementale et cognitiviste, relève dans son livre Les manipulateurs sont parmi nous, 30 critères. Si quelqu’un en satisfait plus de 10, il est classé « pervers manipulateur » et, à partir de 25, il entre dans la catégorie de la perversion narcissique. Voici donc les critères déterminants :

1-      Il culpabilise les autres, au nom du lien familial, de l’amitié, de l’amour, de la conscience professionnelle, etc.

2- Il reporte sa responsabilité sur les autres ou se démet de ses propres responsabilités.

3- Il ne communique pas clairement ses demandes, ses besoins, ses sentiments et ses opinions.

4- Il répond très souvent de façon floue.

5- Il change ses opinions, ses comportements, ses sentiments, selon les personnes ou les situations.

6- Il invoque des raisons logiques pour déguiser ses demandes.

7- Il fait croire aux autres qu’ils doivent être parfaits, qu’ils ne doivent jamais changer d’avis, qu’ils doivent tout savoir et répondre immédiatement aux demandes et aux questions.

8- Il met en doute les qualités, la compétence, la personnalité des autres: il critique sans en avoir l’air, dévalorise et juge.

9- Il fait faire ses messages par autrui ou par des intermédiaires.

10- Il sème la zizanie et crée la suspicion, divise pour mieux régner et peut provoquer la rupture d’un couple.

11- Il sait se placer en victime pour qu’on le plaigne : maladie exagérée, entourage « difficile », surcharge de travail, etc.)

12- Il ignore les demandes (même s’il dit s’en occuper).

13- Il utilise les principes moraux des autres pour assouvir ses besoins (notions d’humanité, de charité…)

14- Il menace de façon déguisée ou fait un chantage ouvert.

15- Il change carrément de sujet au cours d’une conversation.

16- Il évite ou s’échappe de l’entretien, de la réunion.

17- Il mise sur l’ignorance des autres et fait croire à sa supériorité.

18- Il ment.

19- Il prêche le faux pour savoir le vrai, déforme et interprète.

20- Il est égocentrique.

21- Il peut être jaloux même s’il est un parent ou un conjoint.

22- Il ne supporte pas la critique et nie les évidences.

23- Il ne tient pas compte des droits, des besoins et des désirs des autres.

24- Il utilise souvent le dernier moment pour demander, ordonner, ou faire agir autrui.

25- Son discours paraît logique ou cohérent alors que ses attitudes, ses actes ou son mode de vie répondent au schéma opposé.

26- Il utilise les flatteries pour nous plaire, fait des cadeaux ou se met soudain aux petits soins pour nous.

27- Il produit un état de malaise ou un sentiment de non-liberté (piège).

28- Il est efficace pour atteindre ses propres buts mais aux dépens d’autrui.

29- Il nous fait faire des choses que nous n’aurions probablement pas faites de notre propre gré.

30- Il est constamment l’objet de discussions entre gens qui le connaissent, même s’il n’est pas là.

Pour tenter d’expliquer ces comportements, la psychologie utilise évidemment un principe  archéologique : il faut fouiller l’enfance de la personne pour y retrouver les raisons qui la poussent à vouloir « vampiriser » les autres. Il s’agirait pour elle de combler un vide intérieur, un  « vide vertigineux dans lequel tout affect semble avoir été éteint depuis l’enfance » (Geneviève Reichert-Pagnard, psychiatre et victimologue, auteur en 2011 d’un ouvrage sur « les Relations toxiques » (Ideo)). De là, la psychologie invoque une structuration déficiente de la personnalité due sans doute à une absence ou une présence faible du père. Hypothèse gratuite et non vérifiable, et de toute façon, sans intérêt pratique quant à la solution à mettre en place pour tenter d’assainir une relation avec un pervers narcissique.

D’ailleurs, tous les psychologues se mettent d’accord sur la seule solution possible : la fuite ! Seule solution de bon sens car, ignorants les causes des effets (les critères ci-dessus), nous ne pouvons agir sur elles.

Revenant sur l’expression utilisée par Geneviève Reichert-Pagnard de « vide vertigineux dans lequel tout affect semble avoir éteint depuis l’enfance », on ne peut que la trouver bien formulée et très séduisante. Elle exerce effectivement une séduction indéniable sur notre imagination et, de ce fait, nous l’admirons au sens spinoziste du terme :

« L’admiration est l’imagination d’une chose à laquelle l’esprit demeure attaché parce que cette imagination singulière n’a aucune connexion avec les autres » (Eth III, Définitions des sentiments, 4).

Cette admiration rend notre imagination vivace et non riche, mais ce faisant, elle bloque le cheminement vers une connaissance véritable (voir Imagination vivace et Imagination riche). Car que signifie exactement ce « vide vertigineux » au-delà des images que nous pouvons, chacun de nous indépendamment des autres, nous en former ? Nous sommes loin de la connaissance adéquate provenant de la Raison qui est, elle, basée justement sur les notions communes.

Jean-Pierre Vandeuren

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