Marx (1) : Pourquoi un spinoziste peut-il le considérer comme capital ? (2)

« La théorie de Marx est évolutionnaire, en un sens où nulle autre théorie économique ne l’a été : elle cherche à découvrir le mécanisme qui, par son simple fonctionnement et sans le secours de facteurs externes, transforme tel état de la société en tel autre état » (Schumpeter).

Nous faisons suite à notre dernier article et désirons justifier à l’aide de trois réponses marxistes à trois questions économiques de base pourquoi la théorie économique de Marx nous apparaît comme plus pertinente que les théories classiques et néo-classiques, au sens où elle dévoile les réalités fondamentales sous-jacentes aux phénomènes économiques observés.

Si l’on désire comprendre un phénomène quelconque de manière scientifique, on ne peut se contenter des apparences. Par exemple, l’observation ininterrompue de la course du soleil dans le ciel nous fait imaginer que celui-ci tourne autour de la terre alors que l’étude astronomique nous fait comprendre que ce n’est qu’une apparence et que c’est la terre qui gravite autour du soleil.

Il en est de même en économie. A celle-ci apparaissent trois éléments de base sur lesquels elle va travailler : les produits, les prix et les revenus. La première question à se poser à leur propos est de connaître leur origine : comment se constituent-ils ? D’où proviennent-ils ?

Les produits.

Les objets que nous consommons doivent être produits. Comment les produit-on ?

La science économique traditionnelle fournit une solution de bon sens. Pour produire, il faut combiner deux ingrédients : le capital (en fait de l’argent converti en des « moyens de production » comme des machines, des outils, des bâtiments, etc.) et du travail.

Cette vision d’une production alliant capital et travail est correcte mais reste encore à la superficie des choses, car les moyens de production doivent eux-mêmes être produits. Si l’on considère l’ensemble des entreprises et si l’on s’y interroge sur l’origine du capital, on est amené à constater que ce capital provient lui aussi du travail qui exploite au départ les ressources naturelles. Toutes les productions reposent en définitive sur le seul travail humain.

Les prix.

Les prix jouent évidemment un rôle essentiel dans la vie économique car ils orientent les choix des producteurs et des consommateurs. Il est donc important de savoir de quoi ils dépendent.

La théorie économique classique fournit ici encore une solution de bon sens : les prix dépendent de la loi de l’offre et de la demande. Un excès d’offre fait baisser les prix, tandis qu’une pénurie les fait monter et inversement pour la demande, dont un excès fait monter ces prix et une pénurie les baisser. Les prix fluctuent donc avec les changements dans les rapports entre l’offre et la demande. Ils sont stables, ils forment un « point d’équilibre » lorsque les quantités offertes et demandées sont égales.

Cette vision, tout en étant correcte, reste à nouveau à la superficie des choses car elle n’explique pas le niveau des prix d’équilibre. Si l’offre est égale à la demande pour toutes les marchandises, comment expliquer par exemple que le prix moyen des voitures soit beaucoup plus élevé que celui des vélos ?

On comprend aisément que la raison en est qu’une voiture nécessite beaucoup plus de travail qu’un vélo. Les différences de prix sont dues avant tout aux différences de quantité de travail nécessaires pour produire les diverses marchandises. Le phénomène visible (les prix) cache une réalité plus fondamentale (le travail).

Les revenus.

Le phénomène visible considéré ici est le revenu perçu : celui du gagnant à la loterie, du rentier qui touche un intérêt, du chef d’entreprise qui vend ses produits, etc. La réalité cachée est la manière dont ces revenus ont été créés. A nouveau ici, c’est uniquement le travail de tous ceux qui participent à la production de marchandises qui crée le revenu global de l’ensemble de l’économie, revenu dont une partie est touchée par les gagnants à la loterie et par les rentiers, dont une autre partie est perçue par la vente des marchandises par les entreprises, etc. Le profit capitaliste est lui-même créé par le « surtravail » que les salariés doivent fournir (Nous reviendrons en détail sur ce point crucial).

En conclusion, la face cachée commune des phénomènes économiques fondamentaux est le travail humain. C’est lui et lui seul qui crée l’ensemble des produits et des revenus et qui détermine les écarts et les mouvements des prix. C’est donc son étude qu’il s’agit d’approfondir pour comprendre en profondeur ses effets que sont les réalités économiques envisagées.

Et c’est cette étude que Marx a effectuée au travers de la notion de « valeur-travail » dans Le Capital et qui permet d’analyser en profondeur les réalités économiques d’aujourd’hui : développement de la mécanisation et de l’automation, accroissement de la productivité, succession sans fin des crises, montée inéluctable du chômage, concentration du pouvoir économique, recours à la sous-traitance, invasion de la publicité, exportation des capitaux, mondialisation de l’économie, destruction écologique de la planète, …

 Jean-Pierre Vandeuren

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