Marx (2) : théorie économique (1)

Les notes qui suivent s’inspirent d’un article de Louis Gill, “La réalité contemporaine à la lumière de l’analyse marxiste” (2008) et d’une présentation de Rob Sewell et Alan Woods parue sur le site internet de « La Riposte ».

Présentation succincte

Toute société produit des biens utiles pour sa consommation immédiate, pour la constitution de réserves en vue de sa consommation future ou pour accroître sa capacité productive. Elle procède pour ce faire à une division du travail social. Dans les sociétés marchandes, dont la société capitaliste est le développement généralisé, ces biens d’utilité, ou valeurs d’usage comme les désigne Marx, prennent la forme de marchandises, qui sont réparties au sein de la société, de même que le travail dont elles sont le produit, par l’intermédiaire de l’échange, c’est-à-dire du marché.

Pour que cet échange ait lieu entre marchandises de valeurs d’usage différentes, il faut qu’elles soient comparables sous un certain rapport. Qualitativement différentes, elles doivent être quantitativement égales. Différentes sur le plan des valeurs d’usage, elles doivent être égales sur le plan de leurs valeurs d’échange. La mesure de ces valeurs d’échange, ou valeurs, est le temps de travail socialement nécessaire à leur production. Toutes les marchandises expriment leur valeur dans un équivalent général qui est la monnaie, ou l’argent.

L’échange par l’intermédiaire de l’argent est représenté par Marx par l’expression M-A-M (marchandise-argent-marchandise). Cette expression met en lumière la fonction sociale de l’argent qui ne saurait être réduit à une simple unité de compte. La transformation de la marchandise en argent, sa vente, dans une société où la production est le résultat d’un ensemble de décisions individuelles privées coordonnées par le seul marché, est la démonstration de ce que la décision de la produire était fondée. Inversement, sa non-transformation en argent, l’échec de la vente, démontre que cette décision n’était pas fondée, que le travail investi dans cette activité n’était pas socialement nécessaire et qu’il devra être réorienté vers une autre activité. Dans la société marchande, les travaux privés ne sont pas immédiatement du travail socialement validé. Pour le devenir, il faut que les marchandises qui en sont le fruit subissent avec succès l’épreuve du marché, qu’elles se transforment en argent.

Dans la formule de l’échange simple M-A-M, qui signifie vendre pour acheter (M-A suivi de A-M) et qui caractérise la production marchande en général, l’argent en tant qu’argent ne sert que d’intermédiaire dans l’échange des marchandises. La finalité de l’opération est la consommation finale de la valeur d’usage. L’argent est simplement dépensé. La production capitaliste, qui est la généralisation de la production marchande, est caractérisée par une autre fonction de l’argent, celle de l’argent en tant que capital, représentée par l’expression A-M-A’, acheter pour vendre plus cher (A-M suivi de M-A’, où A’ est supérieur à A). Ici, l’argent n’est qu’avancé et il doit revenir, en quantité supérieure. La finalité de l’opération est la conservation et l’accroissement de la valeur.

En tant que capital, l’argent ne peut avoir qu’un mouvement quantitatif, tendre à se multiplier sans limite. Le capital est l’expression de ce mouvement ininterrompu de mise en valeur, de poursuite de l’enrichissement sans fin, de l’enrichissement comme fin en soi. Par rapport à ce mouvement objectif du capital, le capitaliste comme individu n’a d’existence sociale qu’en tant qu’il personnifie le capital. Son comportement subjectif est entièrement déterminé par le mouvement objectif du capital. Il est un simple agent du capital, dont la raison d’être est de le faire fructifier.

Cette contextualisation permet d’amener des :

Définitions

Le terme « capitalisme » vient du latin « capitalis », de « caput », la tête, au sens de possession d’animaux (« cheptel »). Le sens économique n’est apparu qu’au XVIe siècle.

Le capitalisme est le régime économique et juridique d’une société dans laquelle les moyens de production n’appartiennent pas à ceux qui les mettent en œuvre.

Le capitalisme est fondé sur :

  • l’entreprise privée ;
  • la liberté des échanges ;
  • le pouvoir des actionnaires ;
  • la recherche de profit considéré comme une contrepartie au risque encouru ;
  • l’accumulation du capital.

Dans la pratique chacune de ces caractéristiques peut être plus ou moins accentuée, donnant à la notion de capitalisme une grande diversité de formes.

Pour le marxisme, le capitalisme est un système politique, économique et social dont le principe fondamental est la recherche systématique de plus-values obtenues grâce à l’exploitation des travailleurs par les propriétaires des moyens de production et de distribution. Leur but est de transformer la plus grande partie possible de ces plus-values en capital supplémentaire qui engendrera à son tour davantage de plus-values.

Comment cette exploitation des travailleurs peut-il se réaliser ?

Les conditions nécessaires à l’existence du capitalisme

La production moderne est concentrée entre les mains d’entreprises gigantesques. Unilever, ICI, Ford, British Petroleum : ces grandes firmes do­minent les vies des citoyens. Il est vrai qu’il existe de petites entreprises, mais elles représentent le mode de production du passé, non celui du présent. La production moderne est essentiellement massive, de grande échelle.

Aujourd’hui, en Grande-Bretagne par exemple, 200 entreprises et 35 banques (ou compagnies financières) contrôlent l’économie du pays, réalisant 85% de la production nationale. Ce développement s’est accompli au cours de ces derniers siècles à travers une compétition impitoyable, des crises et des guerres. A l’époque où les économistes classiques prédisaient l’essor du « libre commerce », Marx expliquait comment la concurrence déboucherait sur le monopole, les entreprises les plus faibles étant éliminées.

De prime abord, il pourrait sembler que la production de biens est avant tout destinée à satisfaire les besoins de la population. C’est évidemment une nécessité à laquelle doit répondre toute forme de société, quelle qu’elle soit. Mais sous le capitalisme, les biens ne sont pas simplement produits pour satisfaire des besoins : ils le sont avant tout pour être vendus. C’est là la fonction essentielle de l’industrie capitaliste. Comme le disait Lord Stokes, ancien président de British Leyland : « Je fais de l’argent, pas des voitures ». C’est là une expression parfaite des aspirations de l’ensemble de la classe capitaliste.

Le mode de production capitaliste suppose qu’un certain nombre de conditions soient rassemblées. Tout d’abord, il faut qu’existe une large classe de travailleurs sans propriété (de moyens de production, non pas des biens consommables comme les maisons, les voitures, etc.) et qui, par conséquent, sont obligés de vendre leur force de travail pour vivre. Ceci signifie que, sous le capitalisme, la conception libérale d’une « démocratie de propriétaires (de moyens de production) » est une absurdité, car si la masse de la population possédait suffisamment de propriété pour subvenir à ses propres besoins, les capitalistes ne trouveraient pas de travailleurs pour générer leurs profits.

Deuxièmement, les moyens de production doivent être concentrés entre les mains des capitalistes. Au cours de plusieurs siècles, les petits paysans et tous ceux qui possédaient leurs propres moyens de subsistance furent impitoyablement éliminés. Les capitalistes et les grands propriétaires terriens firent main basse sur leurs moyens de subsistance, et embauchèrent des travailleurs pour y travailler et créer de la plus-value. On voit ce phénomène se reproduire dans les pays émergents à travers leur urbanisation galopante.

A suivre …

Jean-Pierre Vandeuren

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