La connaissance du troisième genre : quelques exemples (3)

L’épistémologie d’Einstein. (Source : L’Amour de la Raison Universelle (Willeime))

La sensation de la Raison pure n’est nulle part mieux éprouvée qu’à l’intérieur de la géométrie euclidienne. Là, les propriétés des figures et les théorèmes découlent avec une telle clarté qu’il n’y a rien à aller chercher au-delà. Il n’y a que la confusion de l’esprit humain pour s’imaginer un mystère en amont, et réclamer sans cesse des pourquoi à la plus parfaite des nécessités. Si en mathématique, nous parvenons, après des efforts, à une compréhension absolument claire des concepts et de leurs conséquences logiques, il n’est pas possible d’en dire autant en physique : électricité, matière, énergie, champs magnétique, temps…. mais que comprenons-nous donc derrière ces mots ? L’idée d’une figure géométrique se conçoit avec une telle clarté, que vous pouvez en visualiser une nouvelle par la pensée sans jamais l’avoir observée dans le monde, alors que le concept d’attraction gravitationnelle ne nous est connu que par l’expérience sensible (après tout, pourquoi pas une répulsion gravitationnelle ?). Les propriétés géométriques du triangle se déduisent par la seule puissance de la Raison pure, alors que les liens de Causalité entre objets du monde physique, par exemple le fait que la chaleur fasse bouillir l’eau, n’ont pas été déduits grâce à une connaissance de l’essence de ces choses, mais ne sont que le fruit de l’observation, comme le faisait remarquer David Hume. Les concepts que nous avons de la réalité physique sont dans notre esprit grâce à notre contact avec le monde, mais ils ne nous donnent aucune intelligence profonde de la nature. Nous ne voyons pas la réalité, mais seulement la représentation que nous nous en faisons dans notre cerveau. Nous ne pensons pas avec les véritables catégories du réel, mais seulement grâce à des notions innées ou acquises.

Depuis que Galilée a réaffirmé que le monde était écrit en langage mathématique, de grands savants ont construit des modèles théoriques puissants qui décrivent efficacement des phénomènes mystérieux, comme l’électricité, et nous montrent que toutes ces choses obéissent à des lois fixes. Pourtant, la science continue de reposer sur des concepts artificiels qui nous laissent ignorants de la réelle nature des choses. Même si ces concepts s’avèrent utiles dans le domaine de validité vérifié expérimentalement, ils ne nous donnent pas la clé de la compréhension des phénomènes de la nature.

Einstein avait bien perçu les limites de la science empirique qu’il voulait dépasser. En réussissant à expliquer le secret de la mystérieuse attraction gravitationnelle grâce au concept d’espace courbe, il a ouvert la voie vers une science finalisée, où tous les concepts physiques seraient fondés dans la Raison pure, c’est-à-dire dans la logique mathématique. Il passa les trente dernières années de sa vie à essayer de rendre compte de tous les phénomènes de la nature par cette voie.

Einstein entrevoyait une théorie physique ultime qui ne contiendrait plus aucun élément arbitraire et où tout découlerait avec la même nécessité qu’en géométrie : « une théorie vraiment rationnelle devrait permettre de déduire les particules élémentaires (électrons etc…) et non pas être obligée de les poser a priori. Les constantes (physiques) ne peuvent être que d’un genre rationnel comme par exemple pi ou e. »

Le rêve d’Einstein est une réponse ultra-rationaliste à la critique sceptique des concepts empiriques. David Hume remarquait qu’exceptées les mathématiques, aucune de nos idées ou déductions logiques n’est véritablement certaine, ni nécessaire, et concluait que nos concepts viennent seulement de l’habitude dans un monde incompréhensible. Einstein prend bien note des excellentes critiques de Hume, qui l’ont d’ailleurs aidé à remette en cause nos concepts usuels d’espace et de temps, mais sur le fond, Einstein répond, avec Spinoza, que tout dans l’univers doit exister avec la même nécessité que les mathématiques, et c’est parce que cette nécessité est d’une complexité inouïe qu’elle ne nous apparaît pas à première vue ; toutefois une analyse approfondie permet de l’entrevoir. Dans les pas d’Einstein, un bon nombre de physiciens pensent aujourd’hui que nous parviendrons un jour à découvrir « les lois ultimes de la nature », c’est-à-dire à unifier tous les principes et concepts présents dans notre univers en les réduisant aux conséquences d’une équation maîtresse.

Les sceptiques, les empiristes, les positivistes… sont incapables de rendre compte de l’union, ou plutôt de la totale coïncidence  entre « l’ordre de la nature et le monde de la pensée ». « Quiconque a fait l’expérience de la réussite des avancées réalisées dans l’unification rationnelle de la structure du monde est mû par une profonde révérence pour la rationalité qui se manifeste dans l’existence » expliquait Albert Einstein. Après avoir victorieusement dépassé les soi-disant limites de la Raison pure d’Emmanuel Kant, et les interdits des positivistes, Einstein réhabilita enfin la légitimité de la pensée pure : « Notre expérience jusqu’à ce jour, justifie en nous le sentiment que la nature est la réalisation de la plus grande simplicité concevable mathématiquement. Ma conviction, c’est qu’une pure construction mathématique nous permet de découvrir les concepts, et les lois qui les relient, et nous donnent la clé de la compréhension des phénomènes de la nature. L’expérience peut bien sûr nous guider dans notre choix de l’emploi des concepts mathématiques, elle ne saurait être la source d’où ils sont issus; l’expérience reste bien sûr le seul critère de l’utilité physique d’une construction mathématique, mais le véritable principe créateur réside dans les mathématiques. En un certain sens, donc, je crois vrai que la pensée pure peut atteindre la réalité, comme les anciens l’avaient rêvé. »

Jean-Pierre Vandeuren (à partir d’un texte de Willeime)

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2 commentaires pour La connaissance du troisième genre : quelques exemples (3)

  1. Jean-Pierre Lechantre dit :

    Cher ami

    Le génie d’Einstein a été de poser le principe de relativité, qu’il vaudrait mieux appeler le principe d’invariance des lois de la physique par rapport aux référentiels.
    Ce principe peut s’énoncer :
    « Il existe des lois physiques qui s’expriment sous forme de relations mathématiques entre des grandeurs physiques, ces relations étant les mêmes, quel que soit le référentiel par rapport auquel ces grandeurs sont mesurées »

    En appliquant ce principe aux référentiels galiléens (en mouvements relatifs uniformes les uns par rapport aux autres), Einstein a opéré deux unifications : celle de l’espace et du temps, d’une part, de la matière et de l’énergie d’autre part (relativité restreinte)

    Mais Einstein n’en est pas resté là.

    Avec la relativité restreinte, l’espace-temps, d’une part, et la matière-énergie d’autre part, restaient séparés, le premier étant le cadre dans lequel prennent place les phénomènes relatifs à la matière-énergie. Avec la relativité générale, l’espace-temps et la matière-énergie ne peuvent plus être considérés séparément mais forment un tout, les caractéristiques de l’espace-temps étant fonction du contenu de l’univers en matière-énergie.

    Pour les scientifiques de l’époque de Spinoza (Galilée, Descartes…), la matière c’était l’étendue et la physique c’était donc la mécanique, c’est-à-dire la science du mouvement et du repos des corps.
    Spinoza avait donc conçu le mode infini immédiat de l’étendue comme « mouvement/repos »
    La conception galiléo-cartésienne de la matière ayant été rapidement abandonnée, on peut se demander comment Spinoza, à la lumière du principe de relativité, définirait aujourd’hui le mode infini immédiat correspondant.

    Bien cordialement

    Jean-Pierre Lechantre

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