Spinoza philothérapeute (5/7)

Démarche philothérapeutique spinoziste

« Les sentiments et les idées sont les moyens adéquats de corriger les troubles du cerveau et de lui rendre sa vitalité. »

(Johann Christian Reil (1759-1813), psychiatre allemand, qui a introduit le terme de psychiatrie (du grec « psyche » et « iatros », soit médecin de l’âme) et est considéré comme le père de la psychothérapie).

Nous appliquerons la démarche spinoziste de recherche de l’idée adéquate à l’exemple d’Emma Eckstein cité par Freud dans La naissance de la psychanalyse :

Emma se trouvait empêchée d’entrer seule dans une boutique, sans comprendre au juste le motif de son angoisse. Elle se rappelait seulement en avoir fui, affolée à la vue du rire des vendeurs, quand elle était entrée dans un magasin à l’âge de douze ans ; elle disait croire qu’ils se moquaient de sa robe, en ajoutant que l’un des vendeurs lui avait plu sexuellement. L’angoisse liée à l’idée qu’ils riaient de sa robe était la fausse connexion ou la fausse prémisse  que la conscience recueille, facilement réfutable, au dire de Freud, par l’absence d’angoisse quand elle y entrait accompagnée, ou par le simple fait qu’elle pouvait se vêtir adéquatement. C’est seulement ensuite, observe Freud, qu’elle va se souvenir d’une scène antérieure où se révèle la véritable connexion : « A l’âge de huit ans, elle était entrée deux fois dans une boutique pour y acheter des friandises et le marchand avait porté la main, à travers l’étoffe de sa robe, sur ses organes génitaux. Malgré ce premier incident, elle était retournée dans la boutique […] et se reprocha d’être revenue chez ce marchand, comme si elle avait voulu provoquer un nouvel attentat ». Non sans ajouter que le vendeur l’avait touchée tout en riant.

Nous partirons du schéma explicatif régressif repris plus haut :

Chose extérieure → effet sur le corps (affection ou image) ← idée de cet effet (idée inadéquate de départ) ← cause de cette idée dans l’esprit ← idée de cette cause (idée adéquate).

Dans le cas d’Emma :

Magasin (avec la nécessité d’y entrer) → vue du magasin¬angoisse (« tristesse accompagnée de l’idée de l’opacité des causes de nos affects et de nos actes » (voir Spinoza et l’angoisse (2))) ¬ cause de cette idée dans l’Esprit (Freud nous apprend qu’il s’agit du harcèlement sexuel subi à 8 ans) ¬ idée de cette cause (idée adéquate).

Pour trouver la cause de l’angoisse d’Emma, ce schéma qui expose la situation et la démarche à suivre, ne peut nous être d’aucune utilité, car il repose sur la considération d’une tristesse.

Il nous faut d’abord examiner toutes les connexions causales entre cette chose singulière qu’est un certain magasin et Emma, du moins toutes celles dont elle se souvient et n’envisager que les connexions sources de joie pour Emma.

Cette technique est justifiée par le fait que l’Esprit d’Emma va associer spontanément l’idée d’un magasin à une multitude d’autres représentations en fonction des événements qu’elle a pu vivre dans un tel lieu :

« Si l’Esprit fut une fois simultanément affecté par deux affects, dès qu’il sera affecté par l’un, il sera également affecté par l’autre » (Eth III, 14).

Malheureusement, cette tâche peut se révéler compliquée car :

« Tout objet peut être par accident cause de Joie, de Tristesse ou de désir » (Eth III, 15).

Dans le cas d’Emma, à partir des informations données dans le récit de Freud, sans tenir compte de la dernière, le harcèlement sexuel, qui est, au départ, la véritable cause et est inconnue, les connexions causales entre elle et le magasin sont au nombre de trois : le magasin en tant que lieu commercial (représentation affective neutre), en tant que lieu de moquerie vis-à-vis de sa robe (affection d’humiliation ; comme c’est une tristesse, nous ne pouvons sélectionner cette représentation) ; lieu sexuel (un des vendeurs lui avait plu sexuellement, affect joyeux, donc révélateur potentiel d’une notion commune). Ainsi, une notion commune entre Emma et un magasin pourrait être qu’un tel lieu éveille chez elle des pulsions sexuelles. Le thérapeute peut alors explorer plus à fond cette piste. Il s’avère effectivement, que la cause de l’angoisse d’Emma est liée à un fait de harcèlement sexuel de la part d’un vendeur dans un magasin. Il est cependant notoire qu’au moment des faits (à huit ans), le harcèlement fut vécu par Emma de façon affective ambigüe : indéniablement triste, donc désir d’éloignement de cette idée, mais aussi joyeuse, dans une certaine mesure, puisqu’elle revient au même endroit, attirance donc. La connexion  sexuelle  joyeuse  ultérieure (à douze ans) avait donc plus de chance de dévoiler à la connaissance la connexion sexuelle causale (vécue à huit ans), elle aussi en partie « joyeuse ».

Nosologie et Nosographie

La nosologie est le discours (logos) sur la maladie (nosos). Une nosographie est un répertoire des maladies.

Dans une nosographie, une maladie est toujours définie par ses effets. Par exemple, une gingivite est définie comme une inflammation des gencives. Ce n’est pas une définition génétique, elle ne permet pas de connaître les causes de la maladie. C’est cependant une définition qui s’impose par la pratique médicale qui part d’un diagnostic, c’est-à-dire d’une constatation des signes de la maladie, de ses symptômes.

Mais les nosographies des maladies somatiques (du corps), en plus de la sémiologie (les signes, les symptômes et syndromes, ensemble des symptômes), mentionnent aussi l’étiologie (les causes) et la pathogénèse (les processus par lesquels la maladie se développe). Ainsi, une gingivite est diagnostiquée par une inflammation des gencives, elle est causée par la présence d’une plaque dentaire. La gingivite se développe car les bactéries présentes dans la bouche (nécessaires car elles favorisent l’assimilation de la nourriture par l’estomac) peuvent s’y regrouper. Elles deviennent alors actives en groupe après 24 h et attaquent la gencive. Les bactéries étant des corps étrangers, constituent une agression, et provoquent une réaction de défense de la part de la gencive. Cette réaction se traduit par l’inflammation visible : afflux de sang pour amener les cellules de défense immunitaire.

Il s’agit là en fait d’une définition génétique de la gingivite : la maladie y est reconstruite par l’Esprit qui peut en trouver un traitement (élimination de la plaque dentaire et brossage des dents au moins une fois par 24 h).

Jean-Pierre Vandeuren

Publicités
Cet article, publié dans Général, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s