Boîte à outils psychologique de Spinoza (BOPS) (2/2)

Les mécanismes interindividuels

S renvoie à Social.

S-1

Le processus d’imitation – ou de mimétisme affectif – joue le rôle de conatus social, véritable effort d’universalité. Il est donné par Eth III, 27 :

« Si nous imaginons qu’une chose semblable à nous et à l’égard de laquelle nous n’éprouvons d’affects d’aucune sorte éprouve quelque affect, nous éprouvons par cela même un affect semblable. »

On peut particulariser ce mimétisme successivement aux divers affects, Tristesse et Haine, Joie et Amour, désirs particuliers :

S-1-1 : (Application à la Tristesse) : la Commisération

« Cette imitation des affects s’appelle Commisération quand elle concerne la Tristesse » (Eth III, 27, Scolie).

S-1-2 : (Application au Désir) : L’Emulation

« … ; mais si elle est relative au Désir, elle s’appelle Emulation, celle-ci n’étant donc rien d’autre que le Désir d’une chose, provoqué en nous par le fait que nous imaginons que d’autres êtres semblables à nous ont le même Désir » (Eth III, 27, Scolie).

L’Emulation coïncide avec le désir mimétique de Girard.

S-1-3 : (Application à l’Amour) : l’identification

« Quand on imagine que l’objet aimé est affecté de Joie ou de Tristesse, on est également affecté de Joie ou de Tristesse» (Eth III, 21).

S-1-4 : (Application à la Haine) : la séparation

« Si l’on imagine l’objet de sa Haine affecté de Tristesse, on se réjouit ; si on l’imagine au contraire comme affecté de Joie, on s’attriste » (Eth III, 23).

S-1-4 : (Application à l’Amour et à la Haine) : la contagion

« Si nous imaginons que quelqu’un affecte de Joie l’objet que nous aimons, nous serons affectés d’Amour pour lui. Si nous imaginons au contraire qu’il l’affecte de Tristesse, nous serons inversement affectés de Haine contre lui » (Eth III, 22).

« Si nous imaginons que quelqu’un affecte de Joie un objet que nous haïssons, nous serons affectés de Haine à son égard. Si nous imaginons au contraire qu’il l’affecte de Tristesse, nous serons affectés d’Amour à son égard » (Eth III, 24).

Le passage de la similitude à l’amour engendre

S-1-5 : Le Désir de réciprocité

« Quand nous aimons un objet semblable à nous, nous nous efforçons, autant que nous le pouvons, de faire en sorte qu’il nous aime en retour » (Eth III, 33).

 

S-2

Le ciment de la cohésion sociale est l’Ambition de Gloire, tandis que le facteur de désunion sociale est l’Ambition de domination.

Ambition de Gloire et de domination interagissent dans le cycle séparateur des hommes :

Imitation → pitié →ambition de gloire →ambition de domination → envie → …

Les deux premiers mécanismes qui suivent se rapportent à l’Ambition de Gloire, les deux derniers à l’Ambition de domination.

S-2-1 : le conformisme

«Nous nous efforcerons de faire tout ce que nous imaginons que les hommes verront avec joie, et nous aurons en aversion de faire ce que nous imaginons que les hommes ont en aversion » (Eth III, 29).

S-2-2 : la confirmation

« Si nous imaginons que quelqu’un aime, ou désire, ou a en haine quelque chose que nous aimons, désirons, ou avons en haine nous-mêmes, de ce seul fait nous aimerons (désirerons ou aurons en haine) cette chose d’une façon plus constante » (Eth III, 31).

S-2-3 : le prosélytisme

« «Chacun, autant qu’il peut, fait effort pour que chacun aime ce qu’il aime lui-même et pour que chacun ait en haine ce qu’il hait lui-même ; nous voyons ainsi que chacun cherche par nature à ce que les autres vivent selon sa propre complexion » (Eth III, 31, Corollaire).

S-2-4 : le conflit

« Nous voyons donc ainsi que chacun, par nature, désire que les autres vivent selon sa propre constitution, mais comme tous désirent la même chose, tous se font également obstacle, et parce que tous veulent être loués ou aimés par tous, ils se tiennent tous réciproquement en haine » (Eth III, 31, Scolie).

Jean-Pierre Vandeuren

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2 commentaires pour Boîte à outils psychologique de Spinoza (BOPS) (2/2)

  1. jeanpierrebarret dit :

    Bonjour ,
    1°.-J’ai l’impression que Spinoza a eu l’intuition de ce que en neuroscience, on appelle « les processus opposants » qui expliquent les alternances d’humeurs, dont parlent Appolinaire « Le plaisir venait toujours après la peine…, sous le pont Mirabeau coule la seine » .lire J.D.Vincent

    2°.- Les textes cités de spinoza sont parfois obscurs quand il use des mots CHOSE, OBJET, QUELQU’UN, Par exemple dans « Si nous imaginons qu’une chose semblable à nous et à l’égard de laquelle nous n’éprouvons d’affects d’aucune sorte éprouve quelque affect, nous éprouvons par cela même un affect semblable. »
    Est-ce que cette chose est un objet inerte ou un être vivant (…qui éprouve quelque affect…)?
    Bien cordialement
    jp.B.

    • vivrespinoza dit :

      Bonjour,

      1. L’Etendue et la Pensée pour Spinoza sont deux expressions de la Substance unique (Dieu ou la Nature). Spinoza me semble avoir découvert les lois de fonctionnement de la psyché humaine qui est de l’ordre de la Pensée. Les neurosciences, de leur côté, tentent de relier ces pensées à leurs correspondants « matériels » dans le cerveau. Si l’on admet l’ontologie spinoziste, il apparaît dès lors normal que les deux approches doivent se conforter l’une l’autre puisqu’elles ne font qu’étudier deux expressions différentes d’une même chose. C’est d’ailleurs l’idée que développe Damasio dans son livre « Spinoza avait raison ». C’est aussi ce qui m’apparaît en lisant les ouvrages de Fradin.

      2. Je pense que cet usage de mots le plus neutres possibles est voulu par Spinoza, car, d’après son « principe d’erratisme », n’importe quoi peut devenir, pour n’importe qui, à l’origine d’un amour ou d’une haine. La neutralité de cette spécification au départ lui permet par après d’énoncer des spécificités. Ainsi la notion de similitude. Ce que l’on désigne par le terme d’anthropomorphisme est un phénomène de similitude. Par exemple, c’est souvent par « similitude à nous » que nous considérons que les animaux doivent avoir les mêmes ressentis que nous (ainsi de leur rapport au temps entre autres), alors qu’il n’en est rien. Donc, selon notre imagination propre, nous pouvons considérer tous types de choses comme semblables à nous. Mais il est certain que ce terme s’applique plus spécifiquement aux êtres humains que nous pouvons imaginer comme semblables ou non à nous. Ainsi, les nazis ne pouvaient pas considérer les juifs comme semblables à eux car, dans ce cas, ils auraient été incapables de leur infliger les horreurs que nous connaissons, la compassion ou la pitié les en auraient empêchés.

      Très cordialement.

      Jean-Pierre Vandeuren

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