Hommages (2)

Scientifiques

Einstein :

« Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l’ordre harmonieux de ce qui existe, et non en un dieu qui se préoccupe du sort et des actions des êtres humains. »
(Télégramme au rabbin Goldstein de New York, avril 1929)

« Je suis fasciné par le panthéisme de Spinoza, mais j’admire plus encore sa contribution à la pensée moderne, parce qu’il est le premier philosophe qui traite l’esprit et le corps comme unité, et non comme deux choses séparées. »

« Cette conviction, liée à un sentiment profond d’une raison supérieure, se dévoilant dans le monde de l’expérience, traduit pour moi l’idée de Dieu. »

« Combien j’aime cet honnête homme

Plus qu’avec des mots ne puis le dire

Pourtant crains qu’il ne reste seul

Avec son auréole rayonnante »

Les neuroscientifiques

Deux scientifiques de grand renom dans les neurosciences, par ailleurs eux-mêmes philosophes, Antonio Damasio et Henri Atlan, considèrent Spinoza comme « le philosophe le plus adéquat dans l’état actuel des sciences ».

Antonio R. Damasio :

« Spinoza avait raison ».

« … pourquoi Spinoza ? Pour faire court, je pourrais dire qu’il est parfaitement pertinent pour toute discussion sur l’émotion et le sentiment humain. Il voyait dans les besoins, les motivations, les émotions et les sentiments – tout l’ensemble de ce qu’il appelait affectus (affects) – un aspect central de l’humanité. La joie et la tristesse représentaient deux concepts cardinaux dans sa tentative pour comprendre l’être humain et suggérer comment mieux vivre.

L’explication longue est plus personnelle ».

« L’idée selon laquelle on ne pouvait soumettre les passions que par l’émotion induite par la raison, et non par la pure raison seule, était centrale dans [la] pensée [de Spinoza]. Ce n’est nullement facule à réaliser, mais Spinoza ne voyait guère de mérite dans ce qui est facile ».

« Conformément à ce que dit Spinoza de la tristitia, les cartes de la tristesse sont associées à la transition de l’organisme vers un état de moindre perfection. Le pouvoir et la liberté d’agir se trouvent diminués ».

« … lorsque Spinoza disait que l’amour n’est rien d’autre qu’un état agréable, la joie, accompagné de l’idée d’une cause extérieure, il séparait très clairement le processus qu’est le sentiment de celui qui consiste à avoir une idée d’un objet qui peut causer une émotion. La joie était une chose ; l’objet qui la causait une autre. Elles pouvaient parfois se trouver ensemble dans l’esprit, bien sûr, mais elles constituaient pour commencer des processus distincts au sein de notre organisme ».

« Je crois que les connaissance nouvelles peuvent changer la donne humaine. C’est pourquoi, tout bien considéré, au milieu de tant de tristesse et de quelques joies, nous pouvons avoir de l’espoir, affect pour lequel Spinoza, armé de tout son courage, n’a pas toute la considération que nous autres, commun des mortels, devons avoir. Il le définissait ainsi : « L’espoir n’est rien d’autre qu’une joie inconstante, née de l’image d’une chose future ou passée dont l’issue nous paraît douteuse’’ ».

« Spinoza, toujours aussi observateur, n’avait pas manqué de le voir : « L’homme est affecté du même sentiment de joie et de tristesse par l’image d’une chose passée ou future et par l’image d’une chose présente’’ ».

« La raison nous découvre le chemin à suivre, tandis que le sentiment renforce notre détermination. Ce que je trouve particulièrement attirant dans la solution spinoziste, c’est la reconnaissance des avantages que comporte la joie et le rejet de la tristesse et de la peur, ainsi que la détermination à rechercher la première et à effacer les secondes. Spinoza affirme la vie ; il fait de l’émotion et des sentiments les moyens de la nourrir, en mêlant sagesse et savoir scientifique. Il dépend de l’individu de vivre de telle sorte qu’il puisse atteindre souvent la perfection de la joie et ainsi mener une vie qui mérite d’être vécue ».

« Pour faciliter les choses, Spinoza recommande la répétition mentale des stimuli émotionnels négatifs, afin de développer la tolérance aux émotions négatives et d’acquérir un truc pour en engendrer qui soient positives ».

« ([Spinoza] considère l’intuition comme le mode de connaissance le plus sophistiqué – c’est chez lui la connaissance du troisième genre. Mais l’intuition ne survient que lorsque nous avons accumulé des connaissances et utilisé notre raison pour les analyser.) ».

« [Kant] passa toute sa vie à Königsberg et ne s’en éloigna qu’une fois, dit-on. Mis à part l’aversion pour les voyages et la stature intellectuelle, il y a cependant peu de ressemblances entre les deux hommes. Kant voulait lutter contre les dangers de la passion au moyen de la froide raison ; Spinoza entendait les combattre par des émotions irrésistibles. La rationalité que recherchait Spinoza reposait sur le moteur de l’émotion ».

Henri Atlan :

« Spinoza : le philosophe le plus adéquat dans l’état actuel des sciences ».

« C’est ainsi que la notion – multiforme – d’auto-organisation a acquis aujourd’hui un nouveau droit de cité, non seulement dans des disciplines scientifiques diverses, très largement au-delà des limites traditionnelles des sciences de la vie, mais encore dans le vocabulaire philosophique. On en trouve déjà une définition dans un dictionnaire philosophique récent, très différente de la « finalité interne » kantienne d’inspiration vitaliste avec laquelle elle était autrefois confondue : « Processus par lequel des systèmes (physiques, biologiques ou sociaux) parviennent à un état stable de manière spontanée, immanente, sans intervention extérieure, sans finalité. » Sous cette forme mécanique, l’auto-organisation a trouvé sa place dans l’histoire de la philosophie, en filiation avec Spinoza plutôt qu’avec l’organisation téléologique kantienne ».

« Mais il faudrait pousser plus loin que nous ne l’avons fait l’analyse et l’interprétation de certaines formules de Spinoza dans ce qu’implique par exemple la présence de la nature infinie « cause de soi » — auto-organisatrice – dans chacun de ses « modes » – productions finies – à travers l’effectivité de leur « conatus ». Il faut éviter de voir dans celui-ci un principe d’inertie finalisé, comme semble le suggérer la formule célèbre d’« effort pour persévérer dans l’être » isolée de son contexte. Il convient au contraire de voir dans le conatus aujourd’hui, pour chaque chose singulière, une instance particulière de la dynamique générale des lois de la nature, un système dynamique particulier éventuellement formalisé dans des équations qui exprimeraient RATIOnnellement le fameux « rapport (RATIO) de mouvement et de repos », c’est-à-dire de changement et d’invariance qui exprime pour Spinoza l’« essence » de chaque chose».

 Jean-Pierre Vandeuren

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