Spinoza et les lapsus (2/3)

L’étude de Freud

Dans son livre Psychopathologie de la vie quotidienne (1901), Freud étudie diverses manifestations de la vie psychique dont, entre autres, l’oubli et les lapsus. Il s’agit sans doute de son livre le plus personnel car il s’y examine lui-même à de nombreuses reprises, et aussi le moins théorique, le contenu étant presque entièrement formé d’exemples analysés avec la finesse bien connue de l’auteur.

Le chapitre sur les lapsus ne contient même aucune définition de ce terme et, en gros, Freud y affirme que des pensées ou des croyances inacceptables sont réprimées, refoulées, par la conscience et que les lapsus sont la libération de ces contenus latents. Ainsi, si les rêves sont la manifestation de contenus inconscients chez le patient endormi, le lapsus est son pendant chez le patient éveillé.

Seuls deux passages plus ou moins théoriques énoncent cette affirmation :

« Parmi les exemples de lapsus que j’ai moi-même réunis, je n’en trouve guère où le trouble du langage se laisse réduire uniquement et exclusivement à ce que Wundt appelle l’ « action par contact de sons ». Je trouve presque toujours, en plus de l’action par contact, une action perturbatrice ayant sa source en dehors du discours qu’on veut prononcer, et cet élément perturbateur est constitué soit par une idée unique, restée inconsciente, mais qui se manifeste par le lapsus et ne peut le plus souvent être amenée à la conscience qu’à la suite d’une analyse approfondie, soit par un mobile psychique plus général qui s’oppose à tout l’ensemble du discours. »

« Or, il arrive souvent que l’idée qui s’exprime dans le lapsus est précisément celle qu’on veut refouler. »

Remarquons d’abord que la démarche freudienne est inductive : elle examine de nombreux exemples qu’elle généralise et place dans une théorie globale axée autour du concept d’inconscient. La démarche spinoziste que nous avons adoptée est déductive : elle étudie les exemples en tant que cas particuliers ou propriétés du concept cerné par une définition génétique qui elle-même s’insère et prend son sens dans une théorie des affects.

Freud considère un lapsus comme une pathologie (un « trouble du langage »), alors que dans notre approche il n’est qu’un acte de communication parmi les autres, sans aucune stigmatisation d’erreur.

A l’inconscient freudien correspond la confusion de l’idée présente dans un affect, une idée claire et précise, adéquate, n’engendrant jamais un lapsus. Il n’y a dès lors, dans notre approche, aucun concept de « refoulement ».

Freud regarde le lapsus comme le symptôme d’un dysfonctionnement psychique et, sous le couvert du trouble prononcé, se charge de mettre à jour la « véritable » pensée de l’individu enfouie dans son inconscient. Nous nous interrogerons simplement sur la nature de l’affect qui est correctement exprimé par le lapsus.

Examinons à présent quelques

Exemples

Les exemples analysés ci-après ont soit, été glanés ici et là sur la toile, soit été repris parmi ceux de l’ouvrage précité de Freud. Nous essayerons à chaque fois de mettre en évidence l’affect exprimé et son idée sous-jacente ainsi que le rapport associatif qui a provoqué le lapsus.

  1. Ce premier exemple, en plus d’être agréable, est très représentatif et facile à analyser (http://www.linternaute.com/humour/temoignage/temoignage/465857/joli-lapsus-amoureux/) :

« Ecrivant un mail à mon amoureux rencontré récemment et avec lequel je venais de passer un premier merveilleux week -end, lors de son retour chez lui, je lui ai écrit un mail: En objet de mon message j’ai écrit « nous doux » au lieu de « nous deux » Il y a avait eu tellement de douceur entre nous que ce lapsus était vraiment approprié. »

Il est évident que l’affect vécu est l’amour, que l’idée sous-jacente à cet affect est celle de douceur et que le lapsus a été engendré par la proximité d’écriture (« l’action par contact » aurait dit Freud à la suite de Wundt) entre « deux » (qui aurait dû être écrit) et « doux » (qui a été ressenti). D’où la substitution du premier par le second et la création du lapsus.

2. Exemple moins agréable mais tout aussi évident (http://www.linternaute.com/humour/temoignage/temoignage/359647/a-la-poubelle-la-poussette/) :

« Depuis plusieurs jours, une poussette traînait devant la porte d’un copropriétaire. J’ai sonné et je lui ai demandé de bien vouloir ranger sa poubelle qui encombrait le hall. »

Ici, l’affect vécu est la colère, l’idée sous-jacente est la gêne provoquée par un objet encombrant dont on aimerait se débarrasser et la cause du lapsus est la proximité d’écriture et de sonorité entre les mots « poussette » et « poubelle ».

En guise de commentaire à ce témoignage, une dame cite une expérience tout-à-fait analogue, qui s’analyse de la même façon :

« Cette petite histoire me rappelle la mienne qui est pire. J’ai dit un jour où j’étais pressée : « Je mets mon fils dans la poubelle, je descends la poussette et j’arrive !  » »

3. Un exemple qui aurait enchanté Freud

(http://www.linternaute.com/humour/temoignage/temoignage/412873/ne-couche-pas-avec-moi/) :

« C’est un prof de droit il y a une fille qui dormait dans la salle alors il crie: si tu couches avec les autres professeurs ne couche pas avec moi. »

L’affect vécu est l’indignation, l’idée sous-jacente est qu’au cours il est nécessaire d’être attentif et de ne pas dormir et le lapsus est provoqué par le lien habituel entre le sommeil et la position couchée. Le quiproquo provient cependant du double sens véhiculé par le mot « coucher ». Un freudien y aurait certainement vu la révélation du désir sexuel refoulé du professeur, mais le naturel de notre analyse ne dirige pas automatiquement notre attention vers ce type d’interprétation.

4. Encore un lapsus amusant provoqué par la colère et favorisé par un relâchement dû à une fatigue excessive

 (http://www.linternaute.com/humour/temoignage/temoignage/363509/ma-pute/) :

« J’étais super fatiguée, une enfant dans la halte-garderie m’exaspérais. Tout le temps en train de parler, tout le temps mieux que tout le monde. Tout le temps en train d’écraser les autres enfants. Bref la parfaite petite peste. On avait fait une activité peinture. Quand sa mère est venue la chercher. Elle voulait absolument le récupérer. Mais impossible ce n’étais pas encore sec. Elle a tapé sa crise. Et moi j’ai dit « Tu le récupèreras demain ma petite pute » alors que je voulais dire « ma petite puce »

Je suis devenue toute rouge. La petite n’a pas compris mais la mère m’a regardé l’air désolé comprenant sûrement mon état de fatigue. »

Le site www.linternaute.com relate beaucoup d’autres lapsus cocasses de ce type faciles à analyser.

Les déclarations publiques des politiques fourmillent aussi de lapsus. Le livre de Patrick Levy-Waitz, « Lapsus politicus » (Les Éditions du moment) en analyse quelques deux cents …

Jean-Pierre Vandeuren

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