La connaissance du troisième genre selon Yirmiyahu Yovel (2/2)

La logique des systèmes complémentaires

Les deux causations, verticale et horizontale, forment deux systèmes complémentaires.

« Supposons A déterminé par B, C et D, qui sont ses causes mécaniques et que ces causes opèrent selon la loi L. On peut dire que L détermine A en ce qu’elle détermine comment B, C et D vont agir sur A. Et si nous sommes prêts, comme Spinoza, à prendre pour équivalentes les deux assertions qui suivent :

  1. A est déterminé par la nécessité logique de la loi L.
  2. A est déterminé par les causes mécaniques B, C et D, dont l’action obéit à la loi L,

Alors nous avons reconnu l’équivalence, ou la complémentarité, des visées horizontales et verticales de la causation. »

C’est une équivalence « entre ce qu’est la chose et le réseau causal qui la fait être ce qu’elle est. En d’autres termes, l’essence singulière (formelle) d’une chose est ontologiquement équivalente au processus de sa détermination. »

Connaissances du deuxième et du troisième genre

La connaissance du deuxième genre, la science, nous permet d’étudier le processus de causation horizontale, mais ne nous permet pas d’atteindre l’essence singulière (formelle) des choses. En effet, cette connaissance provient « du fait que nous avons des notions communes, et des idées adéquates des propriétés des choses » (Eth II, 40, Scolie 2). Mais,

« Ce qui est commun à toutes choses et qui se trouve également dans la partie et le tout, ne constitue l’essence d’aucune chose singulière. » (Eth II, 37)

Par définition, la connaissance de l’essence des choses est l’apanage du troisième genre de connaissance. Et, pour Spinoza, elle est nettement supérieure à celle du deuxième genre. Il le montre à profusion dans la cinquième partie de L’Ethique, à partir de la proposition 24 (« Plus nous comprenons les choses singulières, plus nous comprenons Dieu »). Yovel : « Puisque les essences mettent au jour l’organisation interne de la nature et de ses occupants, elles offrent (…) une vue plus profonde du monde. C’est là que réside le surcroît cognitif de la connaissance du troisième genre. »

Mais si nous savons construire et utiliser la connaissance du deuxième genre, la science, nous ne savons pas comment atteindre celle du troisième genre.

C’est ici qu’entre en scène l’équivalence entre les causations horizontale et verticale :

L’interprétation de Yovel

Puisque, d’une part, nous savons comment procéder scientifiquement pour approcher une chose particulière en découvrant et en utilisant les lois qui touchent au domaine de cette chose et qui peuvent lui être appliquées et que , d’autre part, cette approche est complémentaire d’une approche par les essences, Yovel propose de cerner scientifiquement la chose considérée en multipliant le plus possible ces connaissances par ce biais, jusqu’au point, hélas non prévisible, où, en un éclair d’intuition, toutes ces informations se réunissent dans la production d’un élément singulier, l’essence particulière de la chose considérée.

Spinoza signale explicitement que :

« L’Effort, c’est-à-dire le Désir, de connaître les choses par le troisième genre de connaissance, ne peut pas naître du premier mais seulement du second genre de connaissance. »  (Eth V, 28)

Yovel :

« C’est là une nouveauté cruciale introduite dans L’Ethique : il n’est pas d’accès direct aux essences immanentes. Il nous faut d’abord expliquer l’objet de façon externe, par l’intersection des lois causales mécanistes, et ce n’est que lorsque nous avons atteint un point de saturation, lorsqu’un réseau d’explications s’est pour ainsi dire refermé sur l’objet en tous ses aspects pertinents, ce n’est qu’alors que nous pouvons nous attendre qu’apparaisse la connaissance du troisième genre. Un éclair d’intuition retraite toute l’information causale en une nouvelle synthèse qui met à nu l’essence particulière de la chose et la façon qui lui est inhérente de découler par nécessité logique de l’un des attributs de la nature. »

« Là où il n’y avait auparavant que causes externes et lois universelles destinées à la compréhension de la chose particulière – ou plutôt de la façon dont cette chose se fige en un ensemble de propriétés communes abstraites -, il y a maintenant coalescence de toute information préalable dans la production d’un élément singulier : l’essence particulière de cette chose en tant qu’elle procède de façon immanente de l’un des attributs de Dieu en vertu d’un principe logique de particularisation. »

« Pour Spinoza, comme pour Platon, la raison intuitive présuppose une condition nécessaire : la connaissance scientifique. »

Dans le TRE (§ 22), Spinoza reconnaît la difficulté d’atteindre beaucoup d’objets par l’Intuition :

« Toutefois les choses que j’ai pu saisir jusqu’ici par ce mode de connaissance sont en bien petit nombre. »

Y aurait-il cependant des choses que l’Intuition pourrait atteindre de façon privilégiée ?

L’objet privilégié de l’Intuition

Yovel :

« La connaissance du troisième genre peut en principe s’appliquer à toute chose particulière; mais c’est parce qu’il propose ce genre de connaissance comme une autre possibilité de salut que Spinoza ne se cache pas d’avoir trouvé pour cela un objet privilégié qui n’est autre que le philosophe lui-même, corps, esprit et environnement. La connaissance du troisième genre est de préférence, quoique pas exclusivement, une forme de connaissance de soi. Mais elle est l’opposé de la conscience de soi. Ce n’est pas un mode subjectif de cognitio, non plus qu’une appréhension immédiate de nous-mêmes, mais une forme plus élaborée de connaissance médiatisée de soi. L’élément intuitif ne vient s’ajouter qu’à la fin, couronnant le processus de l’objectivation scientifique.

Ce qu’en conscience directe je ressens comme mon « moi le plus intime » n’est qu’une idée déformée de mon corps affecté de causes externes. Pour parvenir à cette cause de moi du troisième genre, je ne dois donc pas développer ma conscience directe de moi (comme dans le cas du yoga et des expériences mystiques), mais plutôt l’écarter comme une forme d’imaginatio. La véritable connaissance de soi commence par le dépassement de l’illusion de la pure subjectivité, par l’objectivation du cogito en le rapportant à un événement corporel et par la mise en relation de deux avec l’ordre causal de la nature dans son ensemble. Il me faut pour cela m’engager dans une recherche scientifique des plus ardues (sur mon corps, sur mon esprit, sur ma situation), par laquelle je m’approcherais de moi-même « du dehors », à travers les lois mécaniques de la nature et d’autres entités naturelles qui déterminent ma propre présence au monde. »

Jean-Pierre Vandeuren

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4 commentaires pour La connaissance du troisième genre selon Yirmiyahu Yovel (2/2)

  1. christianlars8 dit :

    Tout cela ne me semble pas si praticable pour ce qui est de vivre en privilégiant la connaissance du troisième genre : passer sa vie à étudier les sciences jusqu’au moment imprévisible où on atteindrait cette fameuse illumination paraît bien plus relever de l’espoir vain que de la connaissance adéquate de la réalité. On se demande d’ailleurs Spinoza aurait eu l’idée de cette connaissance du troisième genre si l’interprétation de Yovel était juste.

    D’abord il me paraît assez douteux de réduire le second genre de connaissance à « la science ». Certes, on pourrait appeler ce genre de connaissance « science discursive » par opposition à la science intuitive du troisième genre mais Spinoza lui préfère l’appellation de « raison » et il faut aussi préciser que dans le vocabulaire de Spinoza, le mot « science » n’a pas exactement le même sens que dans le vocabulaire actuel, ce que ne semble pas voir Yovel. Quand il est question de science dans cet article en rapport avec la connaissance des choses naturelles, on a l’impression qu’il s’agit des sciences physiques et biologiques qui reposent sur la méthode expérimentale dont les origines remontent à Galilée.

    Il n’est pas question de cela dans l’Éthique, en grande partie parce que cette science là demeure fondée davantage sur des abstractions comme l’espace et le temps que sur des notions communes et que le moyen de son exactitude reste les nombres qui restent des auxiliaires de l’imagination, certes très utiles pour se faire une image beaucoup plus précise du fonctionnement des phénomènes et aussi en tirer des techniques plus puissantes que celles qui reposent sur la seule expérience vague mais cela reste du domaine de l’image, nécessairement partielle et donc incertaine. Aussi, Popper peut définir la science moderne comme ensemble de connaissances toujours réfutables en droit. Quant à la béatitude et même aux vertus comme la fermeté ou la générosité, l’image du réel que la science moderne nous propose est certes incomparablement plus précise que celle que nous tirons de l’expérience ordinaire, mais il s’agit toujours d’images temporalisées qui font plus obstacle qu’autre chose pour ce qui est d’éprouver et de sentir que nous sommes éternels. Les lois de la nature dont parle Spinoza à partir de la troisième partie de l’Éthique peuvent entièrement être tirées de la raison et non de la seule généralisation d’expériences plus ou moins déterminées : la préface évoque notamment ceux qui pensent que l’homme pourrait échapper aux lois de la nature grâce à un libre arbitre qui les placerait au dessus du déterminisme ontologique.

    Or la « science moderne » peut très bien s’accommoder de toutes sortes de philosophies, rationaliste, sceptique, athée, théiste, panthéiste… C’est qu’elle ne saurait par elle-même contredire aucune philosophie particulière parce qu’elle s’en tient à l’étude méthodique du fonctionnement des phénomènes, c’est-à-dire des objets donnés à notre perception et notre mémoire, autrement dit chez Spinoza à notre imagination et ne se prononce pas sur l’essence même des êtres. C’est pourquoi si on demande à n’importe quel scientifique au sens moderne s’il pense avoir déjà approché la connaissance du passage de l’essence d’un attribut infini à celle d’une chose singulière, il risque nous regarder avec des yeux ronds s’il ne connaît rien de Spinoza voire de la philosophie. Si certains scientifiques comme Einstein témoignent d’un rapport contemplatif avec l’univers et la place de chaque corps qui y participe, c’est justement parce d’emblée, ils ne réduisent pas la connaissance sérieuse à la connaissance scientifique.

    En fait, quand Spinoza parle des ignorants, il le fait d’abord à propos de ceux qui se laissent mener par leurs passions, parce que l’imagination est plus forte que la raison et que l’entendement chez eux. Et cela peut inclure beaucoup de scientifiques, qui sortis de leur spécialité peuvent être d’une ignorance crasse en ce qui concerne le domaine éthique et notamment ce qui est réellement bon de ce qui ne l’est qu’en apparence. Ainsi peut-on voir des spécialistes en chimie et en physique des fluides trouver parfaitement juste de faire exploser des innocents quand bien des ignorants dans ces spécialités seraient beaucoup plus perspicaces parce qu’ils sont, eux, capables de notions communes leur permettant de comprendre ce qu’il y a de commun entre leur corps et celui de personnes en apparence différentes.

  2. christianlars8 dit :

    Pour en revenir à la connaissance du troisième genre, je suis toujours assez étonné par tous ces universitaires qui depuis Deleuze au moins interprètent tous 5.28 dans le sens où il faudrait avoir déjà beaucoup développé la raison pour pouvoir accéder au troisième genre de connaissance. Or 5.28 ne dit pas «la connaissance du troisième genre ne peut pas naître du premier mais seulement du second genre de connaissance. » comme si le troisième genre de connaissance qui pourtant est censé être connaissance de notre éternité pouvait avoir un commencement mais bien « L’Effort, c’est-à-dire le Désir, de connaître les choses par le troisième genre de connaissance, ne peut pas naître du premier genre mais il le peut assurément du deuxième. » (Pautrat) : c’est quand même très différent, même de la traduction proposée qui tire le « seulement » d’on ne sait où.

    Je peux donc parfaitement déjà connaître des essences intuitivement sans pour autant chercher à cultiver ce genre de connaissance, justement parce que l’imagination, qui me représente toutes choses de façon mutilée et donc contingente, l’emporte chez moi sur la connaissance du nécessaire, que ce soit l’entendement discursif ou raison ou l’entendement intuitif. En fait, la plus grosse erreur est de croire avec Deleuze que l’ordre des genres de connaissance serait chronologique. Si le troisième genre est plutôt le plus subtil et le plus important pour jouir de notre éternité, il n’en demeure pas moins que dès la naissance nous sentons notre essence, c’est-à-dire notre effort singulier pour persévérer dans l’être, c’est-à-dire que nous sentons que nous sommes éternels puisqu’alors nous sentons que nous faisons partie de la vie de toute la nature, même si nous confondons ensuite facilement ce sentiment d’éternité avec l’image de l’immortalité (5.34s)

    Aussi l’interprétation du troisième genre de connaissance que j’ai proposée dans les commentaires de la série de fils précédents me paraît non seulement beaucoup plus claire et conforme au texte exact de l’Ethique et aussi beaucoup plus praticable. Yovel a l’air de penser que « la conscience directe que je ressens de ‘mon moi le plus intime' » serait de l’ordre l’imagination puisque cela engagerait mon corps en tant qu’il est affecté par des causes externes… mais quel méli-mélo tout de même que cette connaissance intuitive du singulier qui ne pourrait être qu’indirecte et qui ne pourrait porter sur le singulier sans être nécessairement inadéquate. D’abord l’imagination ne connaît pas directement le réel mais seulement l’image de celui-ci. Aussi quand Spinoza dit que le « corps existe comme nous le sentons », il ne s’agit pas dans cette sensation d’imagination mais bien d’intelligence, d’un acte direct de l’intellect dans la conscience alors que tout ce que nous connaissons par l’intermédiaire d’images ou d’associations d’images est indirect. Par exemple, si je pense « je suis malade », c’est un pseudo-diagnostic qui est surtout une image supposant celle de la température, de l’affaiblissement et impliquant une grande variété de jugements et donc d’idée obscures et confuses etc. mais si j’éprouve de la douleur, sans jugement, directement, il n’y a pas d’intermédiaire entre l’idée du corps et elle-même, c’est une intuition qui implique immédiatement que je suis vivant c’est-à-dire expression de la puissance absolue de s’étendre de la nature, seulement, comme l’explique Spinoza dans 2.47s, les hommes passent habituellement à côté de ce qu’ils savent à cause des confusions qu’introduisent le langage c’est-à-dire une très grosse partie de notre imagination.

    Pour en finir avec Yovel, quand il suggère que la connaissance du troisième genre serait une dilution du sujet pensant en le rapportant de l’extérieur « avec l’ordre causal de la nature dans son ensemble », c’est non seulement cela qui paraît des plus mystiques, au sens de l’affirmation du moi comme pure illusion, mais c’est surtout passer complètement à côté de ce que dit Spinoza sur les essences singulières comme relevant d’une causalité immanente (plutôt que « verticale »), cf. 2.10c par opposition aux existences singulières qui, elles, relèvent d’une causalité transitive (1.28).

  3. Jean-Pierre Lechantre dit :

    1) La proposition E V 28 énonce :

    « Conatus, seu Cupiditas cognoscendi res tertia cognitionis genere, oriri non potest ex primo, at quidem ex secundo cognitionis genere. »

    Misrahi traduit :

    « L’Effort, c’est-à-dire le Désir de connaître les choses par le troisième genre de connaissance, ne peut pas naître du premier mais seulement du second genre de connaissance »

    Une latiniste commente :
    « At marque une forte opposition. Quidem a pour valeur de renforcer une opposition ou une affirmation. Dans le cas présent il renforce donc la négation de la connaissance du premier genre et renforce l’affirmation de celle du second, ce qui induit me semble-t-il son exclusivité. La traduction de Misrahi semble donc tout à fait recevable, claire en français. Ensuite, le contexte peut influer sur la traduction. S’agit-il d’une proposition isolée ou est-elle intégrée à un développement argumentatif ? Dans ce dernier cas la traduction des liens logiques peut varier en fonction de la cohérence avec ce qui précède ou ce qui suit. »

    2) Deleuze explique clairement comment le second genre nous détermine à entrer dans le troisième, dans Spinoza et le problème de l’expression – Minuit 1968) :

    « C’est pourquoi l’idée de Dieu, dans l’Ethique, va jouer le rôle d’un pivot. Tout tourne autour d’elle, tout change avec elle. Spinoza annonce que, « outre » le second genre de connaissance, un troisième est donné. Bien plus, il présente le second genre comme étant la cause motrice du troisième : c’est le second qui nous détermine à entrer dans le troisième, à « former » le troisième (E V 28). La question est : Comment le second genre nous détermine-t-il ainsi ? Seule l’idée de Dieu peut expliquer ce passage, qui apparaît dans l’Ethique en E V 20-21. » (p. 278)

    Deleuze explicite ce point puis écrit :

    « Dans le second genre, c’est l’idée de Dieu qui sert de « fondement » au troisième ; par « fondement », il faut entendre la vraie cause motrice, la causa fiendi. »

    Dans Spinoza Philosophie pratique – Minuit 1981, Deleuze dit encore :

    « Du deuxième au troisième, il y a différence de nature, mais le troisième trouve dans le deuxième une causa fiendi (E V 28). […] Il est vrai que, lorsque nous disons que le second genre est causa fiendi du troisième, cette expression doit s’entendre en un sens plus occasionnel qu’effectif, parce que le troisième genre n’arrive pas à proprement parler, mais est éternel et n’est trouvé que comme éternellement donné (E V 31 sc. et E V 33 sc.). (p. 81)

  4. christianlars8 dit :

    Merci Jean-Pierre Lechantre pour ces précisions sur cette thèse d’une troisième genre naissant du second dont j’ai prouvé la fausseté dans ma précédente participation. Quant à la traduction de Misrahi, votre amie latiniste aura beau dire, il n’y a rien qui corresponde au « seulement » en question, ensuite il est question de possibilité et non de nécessité et enfin le désir de connaître n’est pas la connaissance elle-même. Nous n’avons pas besoin de désirer connaître selon le premier ou le second genre de connaissance pour disposer de ces modes de connaissances. Au contraire ils sont natifs c’est-à-dire des propriétés de notre âme en tant qu’idée du corps ; il en est de même pour le troisième et ce d’autant plus qu’il s’agit du genre de connaissance par lequel nous connaissons notre éternité. Ainsi parler de « cause motrice » comme Deleuze pour le troisième genre de connaissance est d’une grande confusion et gommer le désir en disant « c’est le second qui nous détermine à entrer dans le troisième » apporte de l’obscurité là où il y avait clarté. Si je désire vivre, chez Spinoza, cela signifie que j’affirme la puissance de vivre dont je dispose déjà en acte ; de même si je désire connaître les choses singulières sous l’aspect de l’éternité, cela signifie que je possède déjà cette puissance en acte.

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