La connaissance du troisième genre selon Harry Austryn Wolfson (2/3)

La démarche de Wolfson

Wolfson commence par repérer les différentes mentions de la connaissance du troisième genre dans l’œuvre de Spinoza :

« La connaissance du troisième genre est décrite dans le Court traité comme delle qui résulte d’une conception claire et distincte. Dans le Tractatus de Intellectus Emendatione, elle est décrite comme celle qui apparaît quand « la chose est perçue par sa seule essence ou par la connaissance de sa cause prochaine ». Dans le Scolie 2 de la Proposition XL de la Deuxième Partie de l’Ethique, elle est qualifiée de science intuitive qui progresse « de l’idée adéquate de l’essence formelle de certains attributs de Dieu jusqu’à la connaissance adéquate de l’essence des choses ». La même description est répétée presque mot pour mot dans la Démonstration de la proposition XXV de la Cinquième Partie de l’Ethique, et se trouve décrite à nouveau  dans le Scolie de la Proposition XXXVI de cette même Cinquième Partie, comme une connaissance qui suit « de la nature divine et dépend continûment de Dieu ». Dans le Scolie de la Proposition XLVII de la Deuxième Partie de l’Ethique, elle est décrite comme suit : « Nous voyons ainsi que l’essence infinie de Dieu et son éternité sont connues de tous. Or, comme tout est en Dieu et conçu par Dieu, il suit que de cette connaissance nous pouvons déduire un très grand nombre de choses que nous nous  -pouvons connaître de façon adéquate, et former ainsi ce troisième genre de connaissance.» ».

De ces différentes dénominations, Wolfson déduit alors quatre caractéristiques de la connaissance du troisième genre :

« Premièrement, c’est une connaissance qui se déduit de l’ « idée adéquate de l’essence formelle de certains attributs de Dieu », ou de la « nature divine », ou de l’ « essence infinie de Dieu et son éternité ». Deuxièmement, elle se produit quand une « chose est perçue par sa seule essence ». Troisièmement, elle se produit quand une chose est perçue « par la connaissance de sa cause prochaine ». Quatrièmement, elle résulte d’une « conception claire et distincte »

Ensuite, Wolfson va prouver que ces quatre caractéristiques sont équivalentes et qu’au travers d’elles il veut dire que c’est une connaissance atteinte à partir d’une définition vraie :

« Or, nous allons tâcher de montrer d’une part, que quand Spinoza dit dans la deuxième de ces caractéristiques, que la connaissance du troisième genre est la connaissance d’une chose quand elle est perçue « par sa seule essence », il veut dire la même chose que quand il dit de différentes façons, dans la première de ces caractéristiques, que c’est une connaissance de Dieu ou de ses attributs ; d’autre part, que quand il dit, dans la troisième de ces caractéristiques, que c’est la connaissance d’une chose quand elle est perçue « par la connaissance de sa cause prochaine » il entend alors par « cause prochaine » Dieu ou ses attributs » ; et aussi, que quand il dit, dans la quatrième de ces caractéristiques, que cette connaissance résulte d’une « conception claire et distincte », il pense résumer par-là les trois autres. Pour finir, nous allons essayer de montrer que par toutes ces caractéristiques de la connaissance du troisième genre Spinoza veut dire que c’est une connaissance atteinte à partir de ce qu’il appellerait une définition vraie. »

Par la suite, Wolfson développe son argumentation en l’appuyant sur le chapitre XII du TRE, intitulé « Seconde partie de la Méthode. Comment avoir les idées claires » (§ 91 – 94) et sur le chapitre XIII, Les conditions de la définition (§ 95 – 98), en distinguant les cas des choses incréées (Dieu et ses attributs) et des choses créées (les modes). Nous ne reproduirons pas ici ce raisonnement qui s’étale sur deux pages.

Enfin, Wolfson conclut de la façon suivante :

« C’est donc la connaissance atteinte à partir de la définition d’une chose, que ce soit la définition d’une chose incréée ou celles de choses créées, qui forme la connaissance du troisième genre. (…) Quand Spinoza dit, dans la première et la deuxième caractéristiques déjà mentionnées, que la connaissance du troisième genre est la connaissance déduite de « l’idée adéquate de l’essence formelle de certains attributs de Dieu », ou de « la nature divine », ou de « l’essence infinie de Dieu et son éternité », ou qu’elle intervient « quand une chose est perçue par sa seule essence », il veut dire sous ces multiples énoncés, que c’est la connaissance qui dérive de la définition d’une chose incréée. Quand, par ailleurs, il dit, dans la troisième caractéristique que c’est la connaissance qui intervient quand une chose est perçue « par la connaissance de sa cause prochaine », il veut dire par-là que c’est la connaissance qui dérive de la définition d’une chose créée. Mais quand il dit dans la quatrième caractéristique qu’elle résulte d’une « conception claire et distincte », il entend par-là une connaissance dérivée d’une définition en général, que ce soit celle d’une chose incréée ou de choses créées. »

On peut ainsi compléter  le

Tableau synoptique des genres de connaissance

A. La connaissance inadéquate, qui inclut :
1. La connaissance du premier genre, l’imagination, qui consiste en :
a. La sensibilité, l’expérience, l’expérience vague ;
b. L’ouï-dire, l’audition, quelques signes, des signes.
B. La connaissance adéquate, la raison, qui comprend :
2. La connaissance du deuxième genre, qui consiste en :
a. Les idées simples et
b. Les notions communes, et
c. Les implications qui en sont tirées, soit comme
– La cause à partir d’un effet (Induction ou méthode analytique, quoique une « telle conclusion, bien que certaine, n’est pas encore sûre. A moins qu’on prenne les plus grandes précautions » » (TRE, §21 et note)), soit comme
– La conclusion à partir des prémisses (Déduction ou méthode synthétique)
3. La connaissance du troisième genre, l’intuition, dérivée, soit de
a. La définition d’une chose créée, soit de
b. La définition d’une chose incréée, à savoir, l’idée de Dieu et les idées liées à Dieu

Raison et intuition sont les deux seules sources de connaissance vraie. Mais qu’est-ce qui les distinguent et comment sont-elles liées ?

Jean-Pierre Vandeuren

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