Spinoza et le phénomène lexical de l’énantiosémie (3/5)

Homonymie

L’homonymie est la relation qui existe entre des homonymes.

Des homonymes sont des signifiants qui ont la même graphie (homographes) et/ou la même phonie (homophones), mais des signifiés différents.

Pour la distraction, voici des listes proposées par Wikipédia :

Homophones :

  • versververrevert et vair
  • sainsaintseinseing et ceint
  • sangcentsanssent
  • Sotsautsceau et seau
  • mermère et maire
  • ça et sa
  • a et à
  • cerveau lent et cerf-volant

Des homophones sont d’autant plus sujets à être naturellement confondus que leur sens sont proches :

  • prémisses et prémices
  • exhausser et exaucer (« Si tu rêves de grandeur, exhausse-toi et tu seras exaucé. »)
  • martyr et martyre
  • foi, foie, fois, et Foix.
  • satire et satyre peuvent être confondus, mais pas satire et ça tire.
  • on peut confondre « peu » et « peut » mais c’est peu probable.

Homographes :

Deux mots sont homographes lorsqu’ils s’écrivent de la même manière. Ils peuvent avoir la même prononciation (être homophones) ou non :

  • Le vent est à l’est.
  • Tu as trois as dans ton jeu de carte.
  • Les poules des sœurs du couvent couvent.
  • Nous portions des portions de tarte.
  • Nous avions des avions.
  • Je vis des vis à bois.
  • Il n’y a pas de traces de pas sur le sable.
  • Tu bois dans le bois de Vincennes.
  • Il convient qu’ils convient leurs amis.
  • Il lavait au jet d’eau son jet privé.

Homonymie parfaite

  • Une scolopendre venimeuse erre sur une scolopendre très feuillue.
  • Le mousse mange de la mousse au chocolat.
  • Une livre de pain qu’il livre avec un livre de recettes.
  • La mode est un mode de vie.
  • Faire le tour de la tour peut jouer des tours.
  • Un avocat mange de l’avocat.
  • Ce vase a été rempli de vase.
  • C’est du vol le prix de ce vol.
  • Il n’a pas volé car son billet lui a été volé.
  • Pas fichu de se discipliner, son organisation est fichue parce que mal fichue, et puisqu’il s’en est fichu encore une fois, son fichu de fichu est maintenant fichu, et il l’a donc fichu à la poubelle.

Les homonymes, même les homographes, revêtent une même forme mais sont en réalité des mots différents car ils ont des étymologies différentes. C’est l’évolution de la langue qui a fini par confondre leurs formes, au départ différentes.

Par exemple, les paires louer « adresser des louanges » et louer « donner en location » ; avocat : « fruit » et avocat : « qui plaide en justice » illustrent le cas de sens différents et non apparentés, homonymie expliquée soit par l’évolution phonétique, soit par l’emprunt. Ainsi, pour louer, les deux termes latins locāre et laudāre aboutissent à une seule forme :

    laudāre « adresser des louanges »                              locāre « donner en location »

                                                                  ↘                           ⁄

                                                                            louer

                                                           « adresser des louanges »

                                                               « donner en location »

L’explication est en l’occurrence de type diachronique. Pour ce qui est de l’emprunt, un exemple en est avocat, au sens de « qui plaide en justice », terme « natif », et avocat désignant le fruit, emprunté au nahuatl (langue des aztèques) auacatl par l’intermédiaire de l’espagnol abogado, avocado, avec adaptation phonétique : avocat abogado

                         « qui plaide en justice »                                   « fruit »

                                                                                                ⁄

                                                                                avocat

                                                                   « qui plaide en justice »

                                                                                 « fruit »

 

Polysémie

La polysémie (poly = plusieurs + sème =signification) est la caractéristique d’un signifiant (un mot ou une expression) de posséder plusieurs significations différentes. Ce signifiant est alors qualifié de polysémique.

Quelques exemples empruntés à nouveau à Wikipédia :

  • Opéra: la pâtisserie, le lieu, l’art
  • Théâtre: l’art, le lieu, la production littéraire
  • Rouge: la couleur, le vin, la colère, le communisme, le sang
  • Vivre: exister, subsister, habiter, expérimenter, traverser
  • Indien: habitant de l’Inde, autochtone des Amériques
  • Américain: qui vient de l’Amérique, qui vient des États-Unis
  • Clarté:  lumière, transparence, intelligibilité, blancheur
  • Souris: Tipp-Ex, souris d’ordinateur, l’animal, la viande d’agneau, sourire, jeune fille
  • Folie: Anomalie de la conscience, maison de plaisance.

Genèse

C’est l’évolution du langage (due au fait qu’il faut bien décrire soit un monde qui évolue, soit un monde dont au moins notre connaissance évolue) qui conduit à utiliser parfois un mot dans un nouveau sens, le plus souvent par extension de sens. On parlera par exemple d’une feuille de papier ou du pied d’un arbre, par analogie avec une feuille d’arbre ou avec le pied d’un animal.

L’énantiosémie (énantios = contraire, sème = signification), est un cas particulier de polysémie où le signifiant polysémique renvoie à deux significations contraires, opposées …

Jean-Pierre Vandeuren

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