VERDUNKELUNG (obscurcissement) : nuages sombres sur les libertés, la démocratie et la paix (4/9)

2. Tyrannie

C’est un régime politique que l’on visualise généralement sous une figure unique, le tyran, et qui exerce une autorité arbitraire et absolue, sans respect des lois et en usant généralement de méthodes oppressives et violentes. Ce régime se réfère historiquement aux tyrans qui sévirent durant l’antiquité : Pisistrate, tyran d’Athènes; Denys, tyran de Syracuse; Nabis, tyran de Sparte. Dans le monde actuel, on ne voit que le régime de Corée du Nord qui pourrait être qualifié de tyrannique.

3. Despotisme

Hormis leur origine historique, je ne vois pas comment distinguer conceptuellement les termes « tyrannique » et « despotique » qui se réfèrent tous deux à l’autoritarisme et l’arbitraire. Kim Jong-Un peut être qualifié indifféremment de tyran ou de despote.

Le despotisme se trouve en particulier analysé par Montesquieu dans L’Esprit des lois et associé aux régimes orientaux.

Cependant, dans le langage courant despote semble avoir une connotation moins dure que tyran. On a souvent traité Napoléon de despote, pas de tyran. Sans doute cela est-il dû à l’usage conceptuel qui apparaît dans la philosophie politique des Lumières avec la notion de « despote éclairé » que défendent par exemple Diderot ou Voltaire. Le despote éclairé est certes un autocrate, concentrant entre ses mains tous les pouvoirs, mais il agit suivant la raison selon une visée progressiste et modernisatrice, position que critique Mme de Staël : « Le despotisme donc, s’il entend bien ses intérêts, n’encouragera pas les lettres, car les lettres mènent à penser, et la pensée juge le despotisme. (…) il n’y a que deux genres d’auxiliaires pour l’autorité absolue, ce sont les prêtres ou les soldats. Mais n’y a-t-il pas, dit-on, des despotismes éclairés, des despotismes modérés? Toutes ces épithètes, avec lesquelles on se flatte de faire illusion sur le mot auquel on les adjoint, ne peuvent donner le change aux hommes de bon sens. »

4. Dictature

La dictature est à l’origine une procédure juridique de la république romaine qui permettait de confier à un homme, pour une période limitée et dans une situation de crise, des pouvoirs exceptionnels. Déjà, à l’époque, ceux qui accédaient à cette magistrature rêvaient pour beaucoup de la prolonger. Le plus célèbre d’entre eux fut incontestablement Jules César qui, par une dérogation à la coutume établie, fut fait dictateur perpétuel. Le général et homme d’Etat Marcus Furius Camillus, dit Camille, occupa cinq fois cette fonction.

De nos jours, de plus en plus d’hommes d’Etat qui accèdent à la fonction suprême de chef de l’Etat, en général au terme d’élections démocratiques se muent petit à petit en dirigeants autoritaires, en embryon de dictateurs, et s’efforcent de conserver leur position le plus longtemps possible, transformant les démocraties dont ils sont issus en « démocratures » en y accumulant le maximum de pouvoirs entre leurs seules mains, en devenant de véritables dictateurs.

5. Démocrature

Mot-valise constitué par l’assemblage oxymorique de « démocratie » et « dictature », la démocrature désigne effectivement un type de régime en transition autoritaire d’une démocratie vers une dictature qui se veut garder une apparence de démocratie en en conservant certaines procédures comme les élections périodiques, mais dont la direction autocratique autoritaire et les manœuvres de dilapidation des libertés  ne laissent planer aucun doute sur le but poursuivi : la conquête d’un pouvoir absolu sur l’Etat. Hitler, Mussolini et Staline, entre autres, ont déjà parcouru ce même chemin. « Ceux qui ne peuvent se souvenir du passé sont condamnés à le répéter. » (George Santayana).

De nos jours les démocratures se répandent. Elles émergent ou tentent d’émerger ou s’incrustent dans de nombreux pays : Russie, Turquie, Hongrie, Pologne, Venezuela, Brésil, Etats-Unis, … Aucun pays n’en est à l’abri. Ainsi, en France,  l’article 16 de la Consitution de 1958 permet de voter les pleins pouvoirs au Président de la République en cas de crise grave, soit de le faire dictateur ! Et les occasions de « crise grave », d’«état de guerre » semblent se répéter à l’envi ces derniers temps.

Pour dénommer ce type de régime politique, d’aucuns ont également forgé le mot-valise « démocranie », issu de la rencontre des mots « démocratie » et « tyrannie ». Au vu de leur analogie plus pertinente avec la dictature, nous préférons le néologisme « démocrature ».

Mais revenons maintenant à notre relation commandement/obéissance dont nous avons examiné les conséquences en terme de corruption de régime lorsque le recours à la force devient excessif et dégénère en autoritarisme.

Inversement, si le commandement se trouve être trop faible (excès dans l’autre sens) pour se maintenir, il s’expose soit à l’émergence d’une situation anarchique qui peut mener à l’anarchie et à la dissolution de l’Etat ou au renversement du pouvoir en place par des hommes ou des groupes d’hommes décidés, directement ou sous la forme de révolutions ou de révoltes populaires, occurrences qui mènent inéluctablement à de nouvelles dictatures ou tyrannies. L’histoire, à nouveau, ne manque pas d’exemples appropriés, dont les révolutions Françaises et Russes sont emblématiques.

Passons maintenant à la considération du deuxième type de relation : public/privé.

A nouveau, il peut y avoir un excès d’emprise du public sur le privé et, inversement, un excès d’emprise du privé sur le public.

6. Totalitarisme

Lorsque le public investit presque totalement la sphère privée, on est en présence d’un régime totalitaire qui étouffe les libertés d’agir et de penser de ses sujets afin de les conformer « à la droite ligne du parti souverain ». Un régime politique ne devient totalitaire que lorsqu’il est basé sur un mythe qui lui est insufflé à partir d’une sphère d’activité extérieure au Politique (le religieux, le militaire, l’économique (marxisme), ou toute autre idéologie)  et qui, faute majeure, annihile son indépendance et lui fait perdre de vue sa finalité à savoir la conservation de la cohésion, la recherche de la sécurité et de la concorde. Étudié surtout par Hannah Arendt à propos des régimes hitlérien et communiste russe après la seconde guerre, il me semble qu’on pourrait faire remonter leur émergence bien plus loin. En effet, au nom du respect des mythes religieux, tous les anciens régimes politiques étaient pollués par la sphère religieuse qui souvent les justifiait et les défendait en étouffant idéologiquement et, bien sûr, physiquement, les libertés privées. Le TTP fut écrit en vue de lutter contre ce totalitarisme terroriste que Spinoza lui-même avait subi à l’intérieur de sa communauté juive. Toutes les persécutions religieuses, partout et de tout temps, relèvent de ce phénomène qui culmine dans les régimes théocratiques.

Ainsi, de nos jours, à côté du régime communiste chinois qui maintient de plus en plus violemment sa dictature « prolétarienne » au profit du seul Xi Ping, en usant du prétexte de son idéologie, peut-on ranger, au titre de totalitarisme, toutes les théocraties (Iran, Arabie Saoudite, par exemple).

Mais demeurons lucides et humbles. Nous, démocrates libéraux affirmés, vouons évidemment aux gémonies ces régimes honnis, mais le danger de totalitarisme n’est-il pas déjà insidieusement installé dans nos démocraties néolibérales dont les politiques sont toutes gangrenées par les mythologies économiques ambiantes (voir à ce sujet le petit opus de Eloi Laurent « Nos mythologies économiques ») qui les en rendent dépendantes en leur dictant les lois à promulguer pour les favoriser ? Ne sommes-nous pas déjà dans des régimes aliénés de ploutocratie, de népotisme, d’élitisme économique et de totalitarisme idéologique qui exacerbent les inégalités et les frustrations d’une population de plus en plus nombreuse dont la rencontre avec des autocrates habiles et charismatiques serait à l’origine de l’émergence des démocratures ?

Deux dystopies célèbres et prémonitoires ont été publiées au siècle précédent : « Le meilleur des mondes » (Aldous Huxley, 1931) et « 1984 » (George Orwell, 1949). Toutes deux mettent en scène un totalitarisme, la seconde, rédigée après le cauchemar hitlérien et en pleine paranoïa stalinienne, présente un régime totalitaire violent et répressif proche de celui qui hante notre imaginaire. La seconde rédigée avant l’accession d’Hitler au pouvoir et avant que le stalinisme ne prenne l’ampleur répressive que nous connaissons, est plus subtile et plus proche de ce vers quoi nos démocraties néolibérale pourraient se diriger dans un avenir pas si lointain. La répression brutale n’y est pas de mise car la petite caste des dirigeants ont intelligemment compris que « le contrôle par répression des attitudes non conformes est moins efficace, au bout du compte, que le contrôle par renforcement des attitudes satisfaisantes au moyen de récompenses et que, dans l’ensemble, la terreur en tant que procédé de gouvernement rend moins bien que la manipulation non violente du milieu, des pensées et des sentiments de l’individu. Le châtiment fait provisoirement cesser le comportement incriminé, mais ne supprime pas de façon définitive la tendance de la victime à s’y complaire. De plus, les dérivés psychophysiques de la répression peuvent être tout aussi fâcheux que l’attitude pour laquelle un individu a été châtié. (…)

La société décrite dans 1984 est dominée presque exclusivement par le châtiment et la crainte du châtiment. Dans l’univers imaginaire de ma propre fable, ce dernier est rare et en général peu rigoureux. Le contrôle presque parfait exercé par le gouvernement est réalisé au moyen du renforcement systématique des attitudes satisfaisantes, de nombreuses manipulations à peu près non violentes, à la fois physiques et psychologiques, (…) » (Aldous Huxley, Retour au Meilleur des mondes).

Bien avant Huxley, Tocqueville avait déjà prévu l’extension tentaculaire de l’emprise de l’Etat et de ses administrateurs sur ses sujets au travers de réglementations de plus en plus tatillonnes qui finiraient par régir entièrement leur existence favorisant leur égalité au détriment de leurs libertés :

« Lorsque je songe aux petites passions des hommes de nos jours, à la mollesse de leurs mœurs, à l’étendue de leurs lumières, à la pureté de leur religion, à la douceur de leur morale, à leurs habitudes laborieuses et rangées, à la retenue qu’ils conservent presque tous dans le vice comme dans la vertu, je ne crains pas qu’ils rencontrent dans leurs chefs des tyrans, mais plutôt des tuteurs. Je pense donc que l’espèce d’oppression dont les peuples démocratiques sont menacés ne ressemblera à rien de ce qui l’a précédée dans le monde; nos contemporains ne sauraient en trouver l’image dans leurs souvenirs. Je cherche en vain moi-même une expression qui reproduise exactement l’idée que je m’en forme et la renferme; les anciens mots de despotisme et de tyrannie ne conviennent point. La chose est nouvelle, il faut donc tacher de la définir, puisque je ne peux la nommer. Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde: je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres: ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas; il les touche et ne les sent point; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul, et s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie.

Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre?

C’est ainsi que tous les jours il rend moins utile et plus rare l’emploi du libre arbitre; qu’il renferme l’action de la volonté dans un plus petit espace, et dérobe peu à peu chaque citoyen jusqu’à l’usage de lui-même. L’égalité a préparé les hommes à toutes ces choses: elle les a disposés à les souffrir et souvent même à les regarder comme un bienfait.

Après avoir pris ainsi tour à tour dans ses puissantes mains chaque individu, et l’avoir pétri à sa guise, le souverain étend ses bras sur la société tout entière; il en couvre la surface d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient se faire jour pour dépasser la foule; il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans cesse à ce qu’on agisse; il ne détruit point, il empêche de naître; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger. » 

Mais d’où vient cette tendance des sujets à ne rechercher que la satisfaction de « petits et vulgaires plaisirs », c’est-à-dire de l’identifier à leur bonheur quitte à aller jusqu’à y sacrifier une bonne partie de leurs libertés ? Et d’où vient que les Autorités démocratiques, plutôt que de tenter d’élever les âmes de leurs concitoyens, profitent de cet état de fait afin de renforcer leur pouvoir sur la Nation ?

Ici à nouveau, nous pouvons voir ces phénomènes comme conséquences de la corruption du Politique par l’économique.

Il est de la nature même de l’homme de rechercher le bonheur, qui, dans la constitution américaine, est même devenu un droit : «  Nous tenons ces vérités pour évidentes que tous les hommes sont créés égaux, qu’ils sont investis par leur Créateur d’un certain nombre de droits inaliénables, et que ces droits sont la Vie, la Liberté, et la poursuite du Bonheur. » (Déclaration d’Indépendance). Aucun doute ne peut être élevé à l’encontre du fait qu’un certain bien-être, entre autre sécuritaire, mais aussi matériel, est nécessaire au bonheur. Il faut pouvoir satisfaire tous ses besoins élémentaires, se nourrir, se vêtir, se loger, soi et sa famille, avant de pouvoir s’élever à d’autres préoccupations. Heureusement, cela se trouve être relativement facile dans nos contrées développées. Mais le secteur économique qui domine celle-ci, pour des raisons évidentes d’expansion pécuniaire, se focalise sur la possession matérielle accrue, comme unique indicateur de bonheur. D’ailleurs, jusqu’il y a peu, le seul indicateur de comparaison entre les pays, concocté par les seuls économistes, était le PIB (Produit Intérieur Brut). Depuis peu, de nouveaux indices ont ajouté au PIB d’autres variables, l’espérance de vie, le niveau d’instruction, l’égalité entre les sexes, l’exclusion, des paramètres écologiques, … Mais dans la majorité des esprits, simplification oblige, le PIB garde sa place de superstar. Les gens, en majorité, se contentent encore et toujours que de ne réclamer que du pain et des jeux pour leur bonheur, ce que leur accordent facilement les politiciens dont le seul but est de favoriser leur réélection. Le critère majeur pour un président américain d’être réélu est d’avoir un bon bilan économique à la fin de son premier mandat. Bush senior, malgré son succès militaires dans la première guerre du Golfe ne fut pas réélu pour cause de piètre bilan économique (« It’s the economy, stupid ! » (James Carville, conseiller de Bill Clinton lors de sa campagne présidentielle victorieuse en 1992)). Il ne reste plus qu’à espérer que, grâce à la pandémie de Covid-19, l’économie américaine ne se redresse pas suffisamment que pour permettre la réélection de Trump.

Mais nos contemporains ont perdu de vue « qu’il n’est pas de bonheur sans liberté, et que la liberté ne se mesure pas en termes de bien-être, et moins encore en termes de satisfaction. La liberté est au contraire la seule valeur qui justifie qu’on lui sacrifie son bien-être, et ses satisfactions. » (Alain-Gérard Slama), qu’en réalité, plus que le bien-être, la liberté est condition nécessaire de la recherche du bonheur.

Revenons à présent à notre relation public/privé pour examiner les conséquences d’une emprise du privé sur le public, dans l’esprit de dirigeants ou dans celui des sujets. Par cette « emprise », je veux ici parler de la prépondérance d’intérêts privés sur l’intérêt public.

Lorsqu’un dirigeant fait passer ses intérêts privés avant celui du public, l’essence du Politique est évidemment corrompue puisque le Politique ne doit viser que le « Bien Commun » (cohésion, paix, sécurité, concorde) à l’exclusion de toute autre finalité. L’abus de bien public ou le détournement de fonds publics dans un but d’enrichissement personnel ou familial lèsent l’ensemble de la société (affaire Fillon en France), le financement illégal de campagnes politiques ou autres (Sarkozy, Chirac, …) faussent le jeu démocratique, le fait de favoriser les liens familiaux ou amicaux au détriment d’autres candidats au sein des partis politique fausse également ce jeu (népotisme, particulièrement prégnant en politique belge où les « fils de … » pullulent).Contrairement à ce qu’affirme la vulgate néolibérale, un Etat n’est pas une entreprise, ne se gère pas comme telle et sa direction ne se transmet pas non plus de la même façon.

Inversement, dans l’esprit des sujets, il semble naturel que ceux-ci fassent prédominer leurs intérêts privés sur ceux du public. Mais, comme toujours, tout est question d’excès (« Vous avez beau ne pas vous occuper de politique, la politique s’occupe de vous tout de même. » (Comte de Montalembert)). Ce qui fausse le jeu démocratique, c’est l’indifférence, le désintérêt, l’abstention. Or, de nos jours et depuis les années 1970, nos sociétés occidentales sont devenues de plus en plus des sociétés d’individus, lesquels se considèrent à présent moins comme des citoyens d’un État que comme des êtres autonomes évoluant dans un espace global, et par conséquent, très peu préoccupés par le Politique. Ce désintérêt est accentué par une impression d’impuissance et d’inutilité de la participation aux élections (« Elections, pièges à cons » ; non prise en compte du « non » lors du référendum sur le traité de Maastricht en 2005 ; impression que tout est joué d’avance, théories du complot, …)). D’où un certain « désenchantement démocratique ».

Nous arrivons finalement au dernier point de relation caractéristique du Politique, celle ami/ennemi, tant d’un point de vue extérieur qu’intérieur. La désignation d’un ennemi fédère la Nation. Les autocrates comprennent parfaitement cette donnée. Les possibilités d’ennemis intérieurs et extérieurs ne manquent pas : les Juifs ont depuis des temps immémoriaux toujours formés une cible intérieure particulièrement appréciée des apprentis dictateurs, attitude haineuse qui a sans doute culminé dans la politique hitlérienne, mais qui continue à fédérer, à présent, en tant qu’ennemis extérieurs des pays musulmans dogmatiques (Iran) ou non (Turquie) ; Trump a la manie de traiter en ennemis tous ceux qui pourraient, d’une façon ou d’une autre, se mettre au travers de ses désirs. Tout adversaire politique intérieur devient ainsi un ennemi qu’il faut insulter et rabaisser autant que possible, ce qui a l’effet de lui rallier  les électeurs déçus et frustrés, emplis de ressentiments et d’impuissance. Tandis qu’il montre une déférence admirative envers les leaders autocrates étrangers (Poutine, Erdogan, Kim Jong-Un), il n’hésite pas à se montrer extrêmement agressif à l’égard des puissances traditionnellement amies, comme ceux de l’Union Européenne, afin de défendre des intérêts intérieurs particuliers (le marché automobile, par exemple) et de rallier à sa cause les victimes du déclin des secteurs concernés. Attitude contradictoire qui s’explique uniquement par ses propres intérêts électoraux. Et, qui soit dit en passant, illustre aussi une affirmation de Machiavel : « Les hommes hésitent moins à nuire à un homme qui se fait aimer qu’à un autre qui se faire redouter. »

Les excès de diabolisation des ennemis intérieurs, ou désignés comme tels, engendrent la guerre civile, et ceux des ennemis extérieurs, la guerre.

Inversement, une trop grande faiblesse intérieure ou extérieure peut provoquer les mêmes effets. Ainsi, la faiblesse des démocraties face à Hitler a incité celui-ci à étendre ses préparations militaires et ses actions guerrières. Une seule preuve : la déclaration lors du procès de Nuremberg du général allemand Alfred Jodl  « Si nous ne nous sommes pas effondrés dès 1939, cela est dû simplement au fait que, pendant la campagne de Pologne, les 110 divisions françaises et anglaises à l’Ouest sont demeurées absolument inactives en face des 23 divisions allemandes. » Un engagement guerrier des divisions alliées auraient peut-être pu éviter la seconde guerre mondiale. Mais l’histoire se répète actuellement avec la faiblesse affichée des pays occidentaux face aux velléités expansionnistes pan-musulmanes et néo-ottomanes d’Erdogan, véritable néo-sultan affiché. Vers quels affrontements se dirige-t-on ?

Jean-Pierre Vandeuren

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