Spinoza, Mahomet, le Coran et l’Islam (8/8)

La ré-ception de ce mythe et sa possible dé-ception

« Seul le savoir nous permettra (…) de délivrer de leur folie ceux qui ont une foi superstitieuse dans la toute-puissance de la violence. »

(Fang Lizhi)

Souvenons-nous de Platon et du très célèbre passage de la République où Socrate utilise le participe composé muthopoïos, « faiseur de mythes » pour désigner les poètes. Ce passage a été souvent cité et commenté, car c’est là que le philosophe chasse de sa cité les poètes menteurs (Hésiode, Homère). Mais on oublie souvent aussi de rappeler que, s’il les chasse, ce n’est pas par mépris pour leurs inventions, les « mythes », mais au contraire parce qu’il attribue à ces inventions un énorme pouvoir, celui de modeler les âmes, de construire les enfants à qui ils sont racontés, tout comme c’est grâce à l’éducation des enfants que les mythes religieux s’enracinent dans leur esprit.

C’est justement dans cette éducation familiale, mais, dans les milieux musulmans, même au sein de nos sociétés occidentales, aussi pratiquement obligatoire dans des écoles coraniques, que se formatent les esprits religieux des jeunes et moins jeunes.

Il est d’ailleurs symptomatique de relever l’intérêt tout particulier accordé à l’éducation des jeunes par les Frères Musulmans, organisation politico-religieuse fondée par l’instituteur Hasan al-Bannā’ et qui se donne pour objectif d’imposer dans tous les pays musulmans un retour aux valeurs islamiques fondamentales, donc à l’application stricte de la charia, la loi de Dieu (« Le Coran est notre Constitution » est leur mot d’ordre principal).

Citons, en guise d’exemple un passage éloquent du livre Pourquoi j’ai quitté les Frères Musulmans de Mohammed Louzi :

« Hassan al-Banna (1906-1949) a été instituteur durant presque 19 ans. En parallèle de ses fonctions dans l’enseignement, il commença sa prédication et fonda les Frères musulmans en 1928. Il quitta le chemin des écoles en 1946. L’éducation des enfants et des jeunes le préoccupait singulièrement. Cette préoccupation était excessivement manifeste chez ses « frères » contemporains. Elle l’est toujours chez ses successeurs, en Égypte, dans les pays arabes et en Occident. S’adresser à ces tranches d’âge, à travers les parents, les instituteurs, mais aussi de manière directe, lors de rassemblements ou durant les colonies de vacances, cela représentait l’une de ses priorités capitales. Il considéra durant toute sa vie la jeunesse, y compris les enfants en bas âge, comme étant l’avenir de son mouvement et de son projet islamiste.   

En effet, dans ses différentes épîtres, nombreux sont les passages dans lesquels il aborde, longuement, la question de l’éducation de la jeunesse selon les fondamentaux de sa vision idéologique et de sa doctrine politique. Il y a même une épître de presque dix pages, professée vers la fin des années 30, dédiée expressément à la jeunesse, qui commence ainsi : « Ô jeunes ! Une idée ne peut connaître le succès que si l’on y croit fortement ; que si l’on fait preuve de loyauté à son égard ; que si l’enthousiasme s’amplifie pour elle et que si l’on fait preuve d’aptitude à se sacrifier et à œuvrer pour la concrétiser. D’ailleurs, ces quatre éléments fondamentaux, à savoir : la conviction, la loyauté, l’enthousiasme et l’action sont des qualités qui sont presque spécifiques aux jeunes, car la base de la conviction, c’est le cœur intelligent. La base de la loyauté, c’est l’esprit sain. La base de l’enthousiasme, c’est le sentiment fort. Et la base de l’action, c’est l’ardente détermination. Toutes ces qualités ne se trouvent que chez les jeunes. C’est pour cette raison que les jeunes ont toujours été, par le passé comme aujourd’hui, dans chaque nation, le pilier central de son renouveau. Et dans chaque renouveau, le secret de sa force. Et pour toute idée, les porteurs de son étendard. Dieu dit : « C’étaient des jeunes gens [les gens de la caverne] qui croyaient en leur Seigneur et que Nous avons fortifiés dans la bonne voie. » (Coran, 18, 13).

Dans cette même lettre historique, Hassan al-Banna expliqua à sa cible ses devoirs et obligations, pour sauver la nation musulmane des dérives et des échecs. Il exposa, en des termes clairs, l’essentiel de sa vision stratégique lointaine, ainsi que les missions qu’elle devait accomplir, pour atteindre les buts politiques recherchés par la confrérie.   

Ici, il rappela l’un de ses credos essentiels, je traduis : « Nous croyons fermement qu’il n’y a qu’une seule et unique idée qui est capable de sauver ce monde tourmenté, d’orienter l’humanité perdue et de guider les gens vers le droit chemin. Une idée qui mérite que l’on y sacrifie nos vies, notre argent et tout ce que l’on possède, que ce soit des choses dérisoires ou bien très chères, pour la proclamer et l’annoncer aux gens, afin de les entraîner à l’embrasser. Cette idée est l’Islam. »

Un peu plus bas, il dit : « Nous allons faire le jihad pour concrétiser notre idée. Nous allons lutter pour sa cause durant toute notre vie. Nous allons appeler tout le monde à y adhérer. Nous allons tout sacrifier pour elle. Deux choix nous sont offerts, ou bien nous vivrons dignes grâce à cette idée, ou bien nous mourrons dignes pour sa cause. Notre devise sera toujours : « Allah est notre ultime but ; le Messager est notre exemple et guide ; le Coran est notre constitution ; le jihad est notre voie ; mourir dans le sentier d’Allah est notre plus grand espoir. » »

De tels discours enflammés ont un pouvoir certains d’embrigadement surtout sur une jeunesse souvent déçue, désemparée et dépourvue d’esprit critique.

Il nous apparaît donc qu’un contre-discours démythificateur et démystificateur adapté et basé sur l’analyse historico-critique que nous venons de présenter devrait être largement diffusé et ne pourrait  être réfuté par aucun ouléma ou autre imam, car, en définitive, la volonté de Dieu, que celui-ci s’appelle Jupiter, Jehova ou Allah, n’est jamais que « l’asile de l’ignorance » (Eth I, Appendice) et c’est de cette ignorance que naissent l’aliénation et le fanatisme. La désaliénation ne peut donc passer que par la connaissance vraie.

Sait-on que Le nom «Boko Haram» du sanguinaire groupe terroriste islamique nigérian signifie «l’éducation occidentale est un péché» en langue haoussa ? N’est-ce  pas là l’expression de la peur de l’ennemi le plus implacable, cette connaissance vraie prônée par l’éducation occidentale?

Dans sa lettre ouverte au monde musulman (voir, par exemple, https://blogs.mediapart.fr/monica-m/blog/100115/lettre-ouverte-au-monde-musulman-abdennour-bidar), le philosophe Abdennour Bidar, spécialiste des évolutions contemporaines de l’Islam et des théories de la sécularisation et post-sécularisation, aboutit à la même conclusion quant à la nécessité de réformer l’éducation des jeunes (il s’adresse au monde musulman en le tutoyant) :

« Alors ne fais plus semblant de t’étonner, je t’en prie, que des démons tels que le soi-disant Etat Islamique t’aient pris ton visage ! Les monstres et les démons ne volent que les visages qui sont déjà déformés par trop de grimaces ! Et si tu veux savoir comment ne plus enfanter de tels monstres, je vais te le dire. C’est simple et très difficile à la foisIl faut que tu commences par réformer toute l’éducation que tu donnes à tes enfants, dans chacune de tes écoles, chacun de tes lieux de savoir et de pouvoir. Que tu les réformes pour les diriger selon des principes universels (même si tu n’es pas le seul à les transgresser ou à persister dans leur ignorance) : la liberté de conscience, la démocratie, la tolérance et le droit de cité pour toute la diversité des visions du monde et des croyances, l’égalité des sexes et l’émancipation des femmes de toute tutelle masculine, la réflexion et la culture critique du religieux dans les universités, la littérature, les médias. Tu ne peux plus reculer, tu ne peux plus faire moins que tout cela ! C’est le seul moyen pour toi de ne plus enfanter de tels monstres, et si tu ne le fais pas tu seras bientôt dévasté par leur puissance de destruction. »

Cette « réflexion et culture critique du religieux » n’est autre que la méthode historico-critique initiée par Spinoza et poursuivie par les chercheurs contemporains dont nous avons utilisé les lumineux résultats, lumineux car permettant d’opposer la lumière de la vérité historique à l’obscurantisme engendré par les falsifications des pouvoirs religieux et politique identifiés dans un Etat théocratique.

Jean-Pierre Vandeuren

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Spinoza, Mahomet, le Coran et l’Islam (7/8)

L’islam en tant que mythe

Rappelons notre définition du mythe (voir Il faut sauver le mot Mythe ! (4)) :

Le mythe est un discours qui met en scène un absolu en en métamorphosant le sens premier afin de notifier et d’imposer une intention à propos de cet absolu à une communauté afin que celle-ci y adhère de façon irrationnelle.

La découverte de l’histoire réelle de l’Islam nous montre que cette religion correspond point par point à cette définition : le Coran, livre dont elle se réclame, et l’histoire traditionnelle de Mahomet,  sont des discours maniés et remaniés par les califats qui se sont succédés du VIIe au Xe siècle, à partir du discours initial des judéonazaréens enseigné dans leurs lectionnaires écrits à l’intention de leurs alliés arabes initiaux (que Mahomet commandait) afin de notifier et d’imposer à leurs sujets arabes ou soumis, cet absolu selon lequel le peuple arabe serait le peuple élu par Dieu (Allah) pour étendre à l’ensemble de la planète son unique culte.

L’Islam a détourné le signifiant initial (les lectionnaires judéonazaréens dans lesquels c’étaient eux, les seul juifs « purs », qui étaient le peuple « élu ») en un signifié, le contenu du Coran, où les judéonazaréens ont été remplacés par les musulmans.

L’histoire mythique de Mahomet s’inscrit dans un contexte socio-culturel, celui des califats successifs, et donc dans une histoire mouvante. Mais elle essaye de fixer cette histoire, de la transformer en nature, en quelque chose de « naturel » pour le récepteur, le lecteur du mythe. Et, effectivement, jusqu’à nos jours, ceux qui ignorent les découvertes récentes que nous avons mises en évidence, considèrent cette histoire comme tout-à-fait « naturelle » et donc digne de foi.

Jean-Pierre Vandeuren

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Spinoza, Mahomet, le Coran et l’Islam (6/8)

L’histoire réelle de l’islam

« Nous avons besoin de l’histoire dans son intégralité, non pas pour retomber dedans, mais pour lui échapper. »  

(Ortega y Gasset)

La thèse de Edouard-Marie Gallez est totalement en accord avec les présupposés spinozistes selon lesquels la religion est un fait purement humain et à visée essentiellement politique : l’Islam n’est pas le résultat d’une révélation divine – ou de la prédication de Mahomet – mais celui d’un processus très long et très complexe de réécriture de l’Histoire, s’enracinant dans des croyances juives et chrétiennes dévoyées, et manipulé par les califes pour satisfaire leurs visées de domination politique.

En résumé, comprendre l’apparition de l’islam nécessite de remonter aux espérances juives d’un messie politique. Celles-ci ont été transmises à des Arabes, dont Mahomet, par les judéonazaréens, un groupe d’ex-judéochrétiens (donc hétérodoxe) qui ne reconnaissait Jésus que comme ce messie politique, et qui s’est cru choisi par Dieu pour dominer le monde avec l’appui de ses alliés arabes. Mais ces derniers accaparèrent le pouvoir et se sont débarrassés de leurs inspirateurs. Pour légitimer leur autorité, les califes ont alors constitué une religion nouvelle à partir des vestiges du messianisme initial porté par les judéonazaréens, en s’efforçant d’occulter leur rôle. L’histoire des premiers temps de l’Islam a ainsi été complètement façonnée par les scribes et commentateurs de la cour des califes, à Damas puis à Bagdad. Les textes laissés par les judéonazaréens y ont été réécrits et réinterprétés a posteriori pour fabriquer au fil d’un processus historique de plusieurs siècles un corpus religieux nouveau, un livre saint nouveau supposé livrer une révélation nouvelle, ce qui a donc impliqué l’invention progressive du prophétisme de Mahomet.

La prédication de Jésus, qui s’affirme être le messie attendu par le peuple hébreu, et la destruction du Temple de Jérusalem en 70 remodèlent un peuple hébreu déjà travaillé par des mouvements anciens : pharisiens (futurs Juifs rabbiniques), nationalistes, zélotes, partisans du Temple liés aux Hasmonéens, et d’autres, auxquelles s’ajoutent encore ceux des communautés juives éloignées. Si l’enseignement des disciples des Jésus fédère des Hébreux de toutes tendances (déjà parmi ses douze apôtres eux-mêmes), les dérives et contrefaçons des idées nouvelles qu’ils prêchent contribuent à radicaliser les Juifs non chrétiens. En particulier, autour de la communauté judéochrétienne première de Jérusalem, certains n’ont pas accepté que le messie attendu par le peuple hébreu puisse se faire serviteur et mourir crucifié. Bien que vénérant Jésus, ils ont réinterprété son enseignement et sa promesse de sauver le monde selon leur lecture des prophéties bibliques (Livre d’Isaïe, d’Ezechiel et particulièrement Livre de Daniel) : promesse du rétablissement de la royauté en Israël, de sa suprématie à venir sur les nations, telle que les méchants et les injustes seraient vaincus et que le mal serait banni de la terre. Selon ces messianistes exilés en Syrie, que les historiens ont appelé « judéonazaréens », Jésus aurait dû réaliser ce programme de son vivant mais en avait été empêché par la corruption d’Israël et de ses prêtres, par le dévoiement de la religion et par l’impureté du Temple : Dieu avait alors enlevé Jésus au ciel avant la crucifixion en attendant que des circonstances plus favorables permettent son retour et la réalisation des prophéties.

Depuis leur exil, vécu comme un temps de purification, les judéonazaréens ont précisé leur doctrine au cours des premiers siècles. Pour eux, Jésus devait redescendre sur terre (sur le Mont des Oliviers, à Jérusalem), prendre la tête des armées des « purs » pour libérer Jérusalem, rebâtir le Temple, rétablir le royaume d’Israël et régner sur le monde. Devant l’absence manifeste du retour de Jésus, imputée selon eux à l’impureté spirituelle du peuple hébreu (y compris des judéochrétiens), et à la mainmise romaine puis byzantine sur Jérusalem, ils en sont progressivement venus à se croire les instruments du salut politique du monde en portant eux-mêmes le projet guerrier de conquête d’Israël et de relèvement du Temple. Ils espéraient ainsi provoquer le retour du messie, de sorte qu’il prenne la tête des armées des purs, éradique les injustes et établisse les judéonazaréens comme maîtres d’un monde terrestre délivré du mal, un monde parfait régi par la loi de Dieu.

Dans l’impossibilité de parvenir par eux-mêmes à réaliser leur entreprise de conquête de Jérusalem, les judéonazaréens exilés en Syrie ont cherché à exploiter le potentiel militaire des tribus arabes, en commençant par leurs voisins arabes chrétiens. Ils les ont embrigadés dans leur projet en formant des prédicateurs de langue arabe pour transmettre la doctrine messianiste. Ils se sont appuyés pour cela sur leur supposée parenté commune par Abraham : selon la Bible, les Juifs en descendaient par Isaac, mais c’est uniquement dans le Livre des Jubilés, un écrit apocryphe typiquement judéonazaréen du début de notre ère, que l’on peut lire que les Arabes descendraient d’Ismaël, l’autre fils d’Abraham.

Parmi ces Arabes de Syrie (on a retrouvé les témoignages de leur présence dans la région de Lattaquié) ont émergé des prédicateurs instruits dans la foi nazaréenne : Waraqa Ibn Nawfal, un « prêtre nazaréen », qui, selon les traditions islamiques elles-mêmes, aurait eu une influence déterminante sur Mahomet, puis ce dernier. Celui-ci exhortait à la reprise de la terre sainte d’Israël et prêchait le retour imminent du « Messie Jésus » auprès des Arabes

Dans l’impossibilité de parvenir par eux-mêmes à réaliser leur entreprise de conquête de Jérusalem, les judéonazaréens exilés en Syrie ont cherché à exploiter le potentiel militaire des tribus arabes, en commençant par leurs voisins arabes chrétiens. Ils les ont embrigadés dans leur projet en formant des prédicateurs de langue arabe pour transmettre la doctrine messianiste. Ils se sont appuyés pour cela sur leur supposée parenté commune par Abraham : selon la Bible, les Juifs en descendaient par Isaac, mais c’est uniquement dans le Livre des Jubilés, un écrit apocryphe typiquement judéonazaréen du début de notre ère, que l’on peut lire que les Arabes descendraient d’Ismaël, l’autre fils d’Abraham.

Parmi ces Arabes de Syrie (on a retrouvé les témoignages de leur présence dans la région de Lattaquié) ont émergé des prédicateurs instruits dans la foi nazaréenne : Waraqa Ibn Nawfal, un « prêtre nazaréen », qui, selon les traditions islamiques ellesmêmes, aurait eu une influence déterminante sur Mahomet, puis ce dernier. Celui-ci exhortait à la reprise de la terre sainte d’Israël et prêchait le retour imminent du « Messie Jésus » auprès des Arabes chrétiens, préalable à la conquête du monde et à l’éradication du mal sur la terre. C’est dans ce sens qu’il fut qualifié de prophète par certains témoins juifs contemporains. Il devint un chef militaire des Arabes ralliés aux judéonazaréens, et un de leurs principaux prédicateurs (selon des témoignages contemporains). Il semble qu’il ait pris part avec d’autres Arabes à l’invasion des Perses de 614 et à leur conquête de Jérusalem, dont les judéonazaréens ne tirèrent aucun bénéfice. Il connut la défaite face aux Byzantins à Muta, en 629 près du Jourdain, dans une tentative de conquête de la terre d’Israël ; il mourut peu après. Arabes et judéonazaréens réussirent à prendre Jérusalem en 638, sous le calife Omar, et à y reconstruire le Temple pour faire revenir le messie. L’alliance judéoarabe ne survivra pas à la déception de cet espoir ; elle n’en fut pas moins l’embryon à partir duquel se développera le futur Islam.

Jérusalem a été prise en 638 par les Arabes conduits par les judéonazaréens. Malgré la reconstruction du Temple, selon les témoignages contemporains (le pèlerin Arculfe, le patriarche Sophrone), et le rétablissement du culte et des sacrifices, le « Messie Jésus » n’est pas revenu. Les Arabes se sont alors retournés contre leurs maîtres en religion, en ont massacré les chefs et banni les autres. La condamnation des judéonazaréens est allée jusqu’à chercher à détruire toute trace de leur influence auprès des Arabes, jusqu’à la destruction de leurs textes religieux (Torah, Evangile, et lectionnaire – ou « coran » en arabe), jusqu’à l’effacement même du nom qu’ils portaient (nasârâ, nazaréens en arabe) qui a été détourné de son sens premier pour désigner d’office les chrétiens.

S’est alors ouverte une terrible période de guerre civile, où les Arabes ont cherché une justification religieuse à leurs prétentions au pouvoir et à leur conviction rémanente d’avoir été choisis par Dieu pour dominer la terre entière. Des oppositions entre factions, du jeu de surenchère auquel elles se sont livrées pour rivaliser de légitimité religieuse, sont nés les premiers concepts de l’islam :

‐ Rôle de lieutenant de Dieu sur terre du calife, reprenant celui qui était escompté de la part du « Messie Jésus » ;

‐ Livre sacré arabe (lectionnaire, c’est-à-dire « coran » en arabe) composé progressivement à partir des textes-brouillons et aide mémoires des prédications judéonazaréennes en langue arabe rassemblés par les premiers califes dans cette optique ;

‐ Création d’un lieu saint entièrement arabe (La Mecque, sous le calife Muawiya) ;

 ‐ Révélation spécifique de Dieu au peuple arabe en langue arabe ;

‐ Exhumation de la figure de Mahomet, entre-temps tombée dans l’oubli car rappelant trop l’époque judéonazaréenne, pour instrumentaliser son image de chef arabe premier, justifier l’autorité des prétendants au pouvoir et expliquer l’origine du livre sacré.

Cette surenchère a exigé un travail d’annihilation des témoignages discordants, des opposants politiques et religieux et des textes non conformes : la quasi-totalité des textes arabes de cette époque a ainsi disparu, et les versions successives des corans ont été systématiquement brûlées. Parallèlement, un travail de réécriture et de réinterprétation des témoignages restants (et en particulier du texte coranique au fur et à mesure de son édification) a été mené dans le sens voulu par les nouveaux maîtres arabes. Un travail qui s’est poursuivi encore longtemps après, jusqu’aux 10e-11e siècles environ.

Ballotté par les tourments de la guerre civile, le primo-islam des premiers califes n’était pas encore structuré comme religion nouvelle, mais présentait déjà quelques uns de ses traits fondamentaux : la conviction messianiste d’avoir été choisi par Dieu pour dominer la terre et y établir Sa loi (moteur des conquêtes), la dynamique de reconstruction a posteriori de son histoire, de son discours et de sa légitimité, et l’état permanent de guerre civile entre factions musulmanes.

Le calife Abd al-Malik a mis fin à la guerre civile par sa force militaire, et imposé aux Arabes son propre corpus religieux en s’appropriant les inventions du primo-islam. Il s’est posé en chef absolu des Arabes, lieutenant de Dieu sur terre, et maître des autres croyants en affirmant la suprématie de l’Islam sur les autres religions.

C’était le sens de la construction du Dôme du Rocher (vers 692) et de ses inscriptions affirmant le prophétisme de Mahomet. Les califes successeurs ont alors fait composer et structurer la théologie islamique, le récit légendaire de l’apparition de l’Islam et de la figure prophétique de Mahomet. C’est ainsi qu’ils ont justifié leur domination politique totale, jusqu’à la reprise du nom d’Islam (« soumission », terme apparaissant au 8e siècle) pour qualifier le mouvement politico-religieux messianiste nouveau des Arabes, qui s’ouvre alors à l’universel avec le transfert du pouvoir de Damas à Bagdad. L’histoire réelle, l’alliance avec les judéonazaréens, les origines géographiques syriennes, les racines juives et syriaques du texte coranique ont été presque totalement occultées par leur réinterprétation dans ce nouveau milieu persan, au service de la structuration de l’empire musulman et du pouvoir califal.

Le Coran, constitué à partir des écrits de prédication des judéonazaréens à destination des Arabes, a été peaufiné par les scribes sous l’autorité des califes : il a été adapté à partir du malléable squelette consonantique (sans diacritisme, c’est-à-dire sans les accents permettant de distinguer les consonnes entre elles), légué par les premières « collectes du Coran », à mesure que se formait le discours canonique des origines obligeant précisément à l’interpréter. Dans une logique de cercle vicieux, le texte coranique a été lu et manipulé en fonction de ce qu’exigeaient les traditions fabriquées qui, elles-mêmes, voulaient s’appuyer sur le Coran. C’est ainsi qu’ont été établies les traditions musulmanes : la première biographie normalisée du « Prophète », la Sîra, composée au 9e siècle, soit 200 ans après les faits supposés (tous les écrits antérieurs ayant été détruits), les recueils de hadiths (ou dires de Mahomet complétant la révélation coranique), l’histoire sainte des premiers califes validant la conservation inaltérée du Coran, et d’autres écrits exaltant les conquêtes, rédigés sous l’autorité absolue des califes de Bagdad, qui y trouvaient la justification de leur pouvoir et de leur conduite, calquée sur celle prêtée à Mahomet.

Cette période de l’établissement de l’Islam a marqué l’histoire par la constante opposition de factions autour de la formation d’une religion qui constituait la clé de l’exercice du pouvoir : oppositions sunnites et chiites, partisans et opposants des nouveautés introduites par les califes, partisans d’un « Coran créé » et d’un « Coran incréé », écoles juridiques issues des diverses interprétations du texte normatif du Coran et des jurisprudences qui en ont découlé … Devant les dangers pour la cohésion de l’empire, le pouvoir califal a décidé l’arrêt de l’effort d’interprétation de la religion à la fin du 10e siècle, ce qui en a figé les contours dans les modalités que nous voyons toujours aujourd’hui. Depuis, l’opposition entre musulmans s’est perpétuellement poursuivie, mais une certaine unité s’est toujours formée lorsque le projet messianiste était en jeu, que ce soit pour aller envahir des territoires nouveaux, défendre l’intégrité de l’Islam, ou pour mater les révoltes des esclaves et des populations non-musulmanes « soumises ».

On le voit, cette réécriture de l’histoire des origines de l’islam basée sur les recherches scientifiques sérieuses  les plus récentes et étayées des preuves les plus solides est très cohérente et permet de répondre à toutes les questions posées dans l’introduction. Elle nous permet également de considérer …

Jean-Pierre

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Spinoza, Mahomet, le Coran et l’Islam (5/8)

Mecque mythique et Mecque réelle

Source : http://ripostelaique.com/briser-les-mythes-de-lislam-la-mecque.html

Deux définitions préalables :

Un hadith est une communication orale de Mahomet et, par extension, un recueil qui comprend l’ensemble des traditions relatives aux actes et aux paroles de Mahomet et de ses compagnons, précédées chacune d’une chaîne de transmetteurs remontant jusqu’à Mahomet. Considérées comme des principes de gouvernance personnelle et collective pour les musulmans, on les désigne généralement sous le nom de « la tradition du Prophète ». Les hadiths auraient été rapportés par près de 50 000 compagnons.

La sîra est la biographie de Mahomet.

La Mecque mythique est décrite notamment dans le Coran, les hadiths, la sîra et les chroniques de Tabari. Or si l’on prend la peine de réunir ces indications, on découvre un lieu géographique qui ne saurait correspondre à La Mecque réelle. Ainsi, là où Tabari décrit la conception du prophète, on apprend que le (futur) père de Mahomet, Abdallah, lorsqu’il a voulu rendre une petite visite de courtoisie – qui allait devenir historique – à la future mère du prophète, Aminah, s’est vu renvoyer à ses ablutions car il était trop sale, tout terreux. Le terme arabe utilisé désigne explicitement une terre arable. Mais il n’y a aucune trace d’activités agricoles à La Mecque. Tout indique que le sol y est stérile depuis des milliers d’années.

On s’étonne d’autant plus d’apprendre dans un hadith signé Aïsha et relaté à plusieurs reprises dans le Sahih Bukhari (et la Mouwata de Malik) que La Mecque mythique connaissait deux types d’herbes abondantes (idhkhir et jalil). Et un autre hadith, figurant dans le chapitre du Sahih Bukhari décrivant les expéditions militaires du doux prophète, nous indique même qu’on y aurait vu quelqu’un manger du raisin «alors que ce n’était pas la saison des fruits à La Mecque».

Les hadiths (notamment ceux consacrés au pèlerinage) nous disent aussi que le prophète, lorsqu’il accomplissait ses divers rites à La Mecque mythique, avait pour habitude de «courir au beau milieu du canal d’écoulement des eaux de pluie» situé entre Safâ et Marwah, deux «montagnes» entourant la ville. Or rien n’indique qu’un tel canal ait jamais été nécessaire dans La Mecque réelle, où les chutes de pluie n’atteignent guère que quelques centimètres par an en moyenne. Et les deux collines de Safâ et Marwah sont si minuscules et si proches l’une de l’autre, dans La Mecque réelle, qu’elles font partie aujourd’hui de l’enceinte de la grande mosquée:

Sachant cela, on doit secouer la tête en lisant dans Bukhari les longues pérégrinations d’Agar, la servante d’Abraham, mère d’Ismaël, l’ancêtre des Arabes, entre ces deux collines, où se serait trouvée une véritable vallée. À relever également ici que la présence d’Abraham à La Mecque, ou n’importe où ailleurs dans le Hedjaz, était totalement inconnue avant que se répande la fable musulmane.

Dans la sîra, on apprend également que La Mecque mythique était entourée de murailles, mais on n’en a jamais découvert la moindre trace aux alentours de La Mecque réelle. Un autre hadith relaté par Tirmidhi nous apprend «qu’aucune montagne ni aucun arbre» ne manquait de saluer le prophète lorsqu’il arpentait «les districts» de La Mecque mythique. Or il n’y a pas eu d’arbres à La Mecque réelle depuis une éternité au moins, sinon en pot dans des hôtels de luxe modernes, et aucun indice archéologique ne permet de supposer qu’on y ait édifié plusieurs «districts» avant l’ère moderne.

Une série de hadiths sahih concordants nous apprend qu’on entrait dans La Mecque mythique par deux défilés, l’un menant à la partie supérieure et l’autre à la partie inférieure de la ville. Le terme arabe est thaniya. Les traducteurs anglais l’ont généralement retranscrit phonétiquement, et leurs collègues francophones parlent de défilés, de passages ou éludent simplement ce terme qui décrit une fissure dans la roche permettant, tel un col de montagne, mais en plus petit et étroit, de passer entre deux montagnes ou à travers une montagne. Or aucun défilé ne mène à La Mecque réelle et on serait bien en peine d’y définir une partie basse et une partie haute.

La Mecque mythique était très peuplée, pour l’époque. En lisant les volumes VI et VII de la chronique de Tabari relatant les aventures du prophète de l’islam, on découvre qu’elle pouvait produire des foules impressionnantes: «2500 chameaux» pour une seule caravane, «1000 soldats mecquois», «3000 soldats mecquois et 200 cavaliers», «10.000 soldats mecquois». Seule une ville comptant plusieurs dizaines de milliers d’habitants aurait pu générer pareilles équipées. Sans terres cultivées, pratiquement sans eau et sans laisser de traces archéologiques dans La Mecque réelle. Voilà bien le miracle de l’islam.

La Mecque mythique est aussi souvent qualifiée de carrefour caravanier important. Et le coran évoque (deux fois) une «mère des cités», donc une ville très ancienne. Les traducteurs ajoutent ici «La Mecque» entre parenthèses. Car en fait, le coran ne mentionne La Mecque que dans un seul et unique verset (48.24) où il est question d’une «vallée de Makka». Le terme utilisé peut certes aussi désigner simplement une région, un bassin de vie, mais la notion de «vallée» ou de «lit de la vallée» est très présente dans les descriptions de La Mecque mythique. Le coran (3.96) parle aussi d’une «vallée de Bakka», ce que les commentateurs classiques s’accordent à considérer comme une désignation de La Mecque.

Bref, la Mecque mythique est une grande ville puissamment protégée, située dans une vallée riante et bien irriguée, herbeuse, parsemée d’arbres et de vignes, où s’affairent des dizaines de milliers d’habitants, d’agriculteurs, de marchands et de caravaniers, avec des milliers de chameaux, qui arrivent et repartent chargés de marchandises diverses, des quatre coins du Proche et du Moyen Orient, souvent en compagnie de milliers de pèlerins, qui y exécutent leurs rites collectifs au moins deux fois par an, dans une vaste aire sacrée ouverte à tous les cultes, notamment païens, le tout sous la surveillance de milliers de soldats et de centaines de cavaliers en armes. Une cité royale, verdoyante et animée, que tout le monde connaît très loin à la ronde, depuis «toujours».

En revanche, La Mecque réelle est totalement inconnue à l’époque des faits décrits dans les textes fondateurs de l’islam. On n’en lit le nom sur aucune carte géographique avant le IXe siècle. On n’en a jamais trouvé la moindre mention dans les correspondances de l’époque – où figurent pourtant Ta’if, Yathrib (la future Médine) et Khaybar – chez les nombreux clients, réels, des caravanes, réelles, qui sillonnaient la région. Et l’examen des routes des caravanes connues et de la topographie des lieux indique que rien, ou presque, ne pouvait se passer à La Mecque réelle au VIIe siècle. Ainsi, la ville aurait dû être dotée de dizaines de réservoirs souterrains, alimentés par des caravanes, car il pleuvait bien trop peu, pour abreuver tout ce monde. Aucune trace de ces constructions. Ni d’ailleurs d’une implantation humaine d’une quelconque importance. Ni de routes caravanières qui auraient fait ce curieux détour vers cet endroit qui ne menait nulle part.

Par ailleurs, l’examen des vestiges des premières mosquées indique que les musulmans n’ont commencé à prier en direction de La Mecque qu’à partir de la moitié du VIIIe siècle, sous les Abbassides. Jusqu’en 725, les mosquées semblaient même toutes pointer vers une autre ville, située beaucoup plus au nord, dans une vallée autrefois bien cultivée car abondamment irriguée et dotée de nombreux réservoirs ingénieux alimentés par des conduites drainant les pluies des montagnes alentours, où passaient toutes les caravanes en route vers l’Égypte, l’Arabie, la Mésopotamie, la Syrie, la Perse ou les ports méditerranéens, où l’on trouve des vestiges de cultes et cultures très divers, où l’on sait que des pèlerinages biannuels attiraient des milliers de païens, jusqu’au début de l’ère chrétienne. Mais dont personne n’a plus parlé ensuite dans la région, pendant près de 1500 ans, après une série de séismes, puis de fortes crues engendrées par la destruction du système de barrage et de drainage des eaux, tout ceci peu avant l’avènement de l’islam.

La Mecque des musulmans est donc une invention humaine, un mythe.

Les faits scientifiques énoncés critiquent négativement et ainsi ébranlent l’historiographie traditionnelle musulmane. Mais, positivement, peut-on reconstruire la véritable histoire de l’islam ?

Effectivement, une telle reconstruction a été effectuée par un chercheur français,  Edouard-Marie Gallez, docteur en théologie et histoire des religions de l’université de Strasbourg II, grâce à une thèse intitulée Le Messie et son Prophète soutenue et publiée (2 tomes aux Editions de Paris) en 2004. Gallez édite aussi un site où il actualise ses travaux : http://www.lemessieetsonprophete.com

Ses travaux ont été résumés, avec sa collaboration,  dans un petit livre de 96 pages par Odon Lafontaine. On peut le télécharger à l’adresse : http://legrandsecretdelislam.com

Nous nous sommes servis de cet ouvrage pour la présentation succincte de …

Jean-Pierre Vandeuren

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Spinoza, Mahomet, le Coran et l’Islam (4/8)

Analyse mathématique du Coran

Sources : http://ripostelaique.com/lautopsie-du-coran-par-jean-jacques-walter.html et http://webcache.googleusercontent.com/search?q=cache:http://www.lemessieetsonprophete.com/annexes/Walter_theorie-des-codes_Coran.pdf

Le Coran révélé par la Théorie des codes est le livre choc que vient de publier Jean-Jacques Walter aux Editions de Paris (coll. Studia Arabica XXII). Dans cet ouvrage  révolutionnaire, cet ingénieur de l’Ecole des Mines de Paris remet en question maintes recherches relatives à la genèse du Coran, et marque un grand tournant dans les études islamiques.

Ce travail original, quasi unique en son genre, est le fruit d’une recherche scientifique très rigoureuse, dont les méthodes et les résultats ont valu à son auteur le titre de Docteur d’Etat en Islamologie de l’université de Toulouse en 2013.

Walter présente l’objet de son travail de façon très simple mais pertinente : «Certaines personnes, dit-il, douées d’une bonne oreille ont entendu jadis des œuvres de Mozart ou Debussy. Quand elles entendent un morceau de musique inconnu, elles peuvent dire après quelques secondes s’il s’agit de Mozart, de Debussy, ou d’un autre compositeur. Quand un ami les appelle au téléphone, elles savent au premier mot qui il est. Leur cerveau identifie donc une « signature », qui leur indique le compositeur, ou la personne entrée en communication. »

Durant et depuis la seconde guerre mondiale, une théorie mathématique, la Théorie des Codes, s’est développée. On l’appelle l’ADT (Analyse des Données Textuelles), une méthode qui permet de reconnaître une signature de cette sorte dans un texte écrit. La signature mathématique d’un auteur, obtenue à partir d’un texte de sa plume, permet donc d’identifier ses écrits parmi ceux d’autres auteurs.

Cette  méthode ressemble à l’usage de l’ADN biologique qui permet le séquençage du génome humain. Lorsqu’on dispose d’un cheveu ou d’une trace de sang propre à une personne, les techniques scientifiques permettent de vérifier si un autre échantillon vient de la même personne ou non.

De même, la signature mathématique permet aussi de savoir si un livre a été rédigé par un ou par plusieurs auteurs différents.

C’est cette méthode que Jean-Jacques Walter applique au Coran. Pour y parvenir, il utilise, d’une part, des connaissances mathématiques très approfondies, et d’autre part, des informations sur l’Islam et son environnement au Proche Orient, pendant les deux siècles durant lesquels le Coran s’est formé. Donc il tient compte des légendes grecques, juives et chrétiennes présentes dans cette région, mais aussi de la théologie des sectes locales, des apocryphes, des antiennes, des événements historiques, de la Bible, des livres pertinents des Talmud de Babylone et de Jérusalem…

Cette combinaison d’approches lui a permis d’aboutir à des résultats nouveaux et surprenants. L’université de Toulouse s’est trouvée contrainte de constituer un jury exceptionnel formé d’islamologues très qualifiés et d’éminents mathématiciens pour apprécier ce  travail complexe.

Les trouvailles de cette « autopsie algorithmique » se manifestent dans six assertions que l’auteur a confirmées avec une probabilité d’exactitude meilleure que 999 999 sur un million. Les cinq premières étaient déjà conjecturées, depuis environ dix ans, grâce à de nouvelles méthodes linguistiques ainsi qu’à la découverte de textes anciens en arménien, géorgien, latin, grec, hébreux, persan et copte. Au fil des découvertes, ces conjectures étaient déjà devenues très étayées.

L’application de cette Théorie des Codes a permis à Walter de confirmer, mathématiquement, avec une probabilité très proche de la certitude, les assertions suivantes:

Premièrement, le Coran est dû à trente auteurs différents au moins, probablement cinquante, au plus cent.

Effectivement, tout auteur incarne, de façon volontaire ou non,  une signature stylistique qui lui est propre. L’outil mathématique identifie ce marqueur spécifique par des comparaisons d’ensembles textuels, puisqu’un auteur peut être identifié avec une certitude pouvant dépasser 999 999 chances sur un million. Walter a donc le mérite d’avoir prouvé numériquement le nombre d’auteurs ayant contribué à la rédaction du Coran grâce à l’utilisation de ce « bistouri » bien acéré et très performant qu’est la Théorie des Codes.

Deuxièmement, le Coran a été écrit en plus de deux cents ans.

Contrairement à l’enseignement de l’Islam affirmant que le Coran est incréé, qu’il est descendu en une seule fois ou révélé à Mahomet, par intermittences, pendant 22 ans, Walter montre que le prétendu Coran incréé a subi des avatars et que l’écriture du texte permet une datation, en raison des faits, du contexte politique, du contenu des sujets évoqués et du style utilisé. Sa rédaction eut donc lieu entre 620 et 847.

Troisièmement, la périodisation Médine-La Mecque ne représente aucune signification.

Walter ne trouve aucune tradition historique susceptible d’accréditer l’attribution de certaines sourates du Coran à la période mekkoise et d’autres à la période médinoise. En plus, l’idée que les sourates de la Mecque ont été écrites presque dix ans avant celles de Médine est incompatible d’une part avec l’identité stylistique de ces deux ensembles, et d’autre part, avec l’assertion précédente qui dément cette périodisation.

Quatrièmement, Mahomet a été intronisé fondateur de l’Islam longtemps après sa mort.

La preuve, c’est que les techniques de la Théorie des Codes ont permis de constater que le nom de Mahomet, cité quatre fois dans le Coran, a été introduit tardivement par un seul auteur, différent de ceux qui ont écrit le reste du Coran. Des épigraphies, des papyrus et des pièces de monnaie ne commencent à mentionner Mahomet que 60 ans après sa mort et à ne le déclarer prophète fondateur que 150 ans plus tard.

Cinquièmement, le premier Islam dérive d’une secte présente à cette époque au Proche Orient : les Nazaréens (ou Judéonazaréens).

Le Coran comprend de nombreux versets concernant le Christ, la Vierge Marie, le Paradis et les femmes. Ils ont été écrits par un ou plusieurs auteurs différents de ceux du reste du Coran. Le contenu de ces versets reproduit exactement l’enseignement de la théologie nazaréenne qui diffère de celle de toutes les sectes présentes lors de la naissance de l’Islam. Ce qui prouve que l’Islam était à l’origine un copié-collé du nazaréisme.

Sixièmement, la fondation du premier Islam n’était pas le monothéisme, mais l’antichristianisme.

Cette assertion à laquelle Jean-Jacques Walter est parvenue, se révèle totalement nouvelle, et du même degré de certitude mathématique.  Il s’est avéré « qu’un unique auteur, différent de ceux qui ont écrit le reste du Coran, y a introduit à la fois le monothéisme et la condamnation des « associateurs » qui sont exclusivement les chrétiens.  Cette hostilité antichrétienne vient d’un contresens, puisque le Coran lui-même confond la Trinité avec le trithéisme. »

Le fruit de cette recherche rigoureusement scientifique augure une nouvelle orientation dans l’islamologie et démasque les théories obscurantistes des défenseurs d’un Coran incréé. L’auteur en profite pour identifier la nature même de l’Islam qui, en aucune manière, « ne peut être une religion fondée par un prophète inspiré, mais une idéologie politique fabriquée par un pouvoir ultra-dominant en l’espace de deux siècles. Ses concepteurs lui ont donné la forme apparente d’une religion afin de tirer parti du pouvoir sur les esprits que possède toute religion ».

Cette  approche scientifique représente donc un défi de taille pour tous ceux qui sont impliqués dans l’exégèse coranique. Avec l’application de  la Théorie des Codes dans cette recherche, Jean-Jacques Walter, ce passionné de mathématiques, s’impose dorénavant comme le premier précurseur incontournable du décryptage scientifique des données textuelles du Coran. C’est un grand maître qui, avec courage et détermination, ose franchir le Rubicon, procéder à l’autopsie du Coran et dévoiler scientifiquement des vérités interdites sur l’islam.

De nombreux autres résultats de la recherche islamologique viennent confirmer les résultats de Walter. Afin de ne pas alourdir notre présentation nous nous contenterons d’en citer l’un des plus parlants …

Jean-Pierre Vandeuren

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Spinoza, Mahomet, le Coran et l’Islam (3/8)

L’histoire « officielle » de Mohamet et du Coran

Cette histoire peut se résumer assez facilement en quelques lignes. Ce résumé servira suffisamment nos fins. Les personnes intéressées par un long développement facile à lire peuvent consulter le livre Mahomet de maxime Rodinson, accessible par exemple ici : https://fr.scribd.com/doc/245244813/Mahomet-Maxime-Rodinson-pdf

Comme aussi les détails importent peu, nous reproduisons  un article de Tatiana Pignon, Mahomet et les débuts de l’Islam

 (http://www.lesclesdumoyenorient.com/Mahomet-571-632-et-les-debuts-de-l.html)

Remarquons d’emblée que l’auteure, tout en admettant, au début de son article, la difficulté d’établir une biographie indépendante des hagiographies musulmanes, en retire malgré tout un résumé « bien connu », sans remettre en cause la véracité de ces informations. Attitude par ailleurs toute honnête, faute de sources indépendantes de l’Islam sur la vie de Mahomet.

Mahomet et les débuts de l’Islam

Si la vie du Prophète de l’Islam est relativement bien connue, faire sa biographie se révèle toutefois difficile, en raison notamment du manque d’objectivité des sources existantes – la principale étant une œuvre hagiographique rédigée par Ibn Ishâq au VIIIe siècle, appelée la Sîrat Rasûl Allah ou Biographie de l’Envoyé de Dieu. Mais l’intérêt principal d’une telle biographie, dans une perspective historique, réside surtout dans l’analyse du rôle qu’il joua personnellement dans la formation de l’Islam, analyse qui permet de mieux comprendre les fondations de cette religion et de la civilisation à laquelle elle donne lieu. Loin d’être le simple vecteur de la nouvelle Révélation, Mahomet, en raison du contexte social dans lequel il évolue et des difficultés qu’il rencontre, oriente dès ses débuts l’Islam vers le politique – politique qu’il est obligé d’organiser de manière à protéger et promouvoir la nouvelle religion. À la fondation de l’Islam en tant que religion, à travers la prédication coranique, s’adjoint donc la fondation de l’État islamique, centré sur la ville nouvellement créée de Médine : de l’Hégire (622) à la mort du Prophète (632) s’étend une période très courte, mais fondamentale de l’histoire de l’Islam, où s’organisent les premières institutions ainsi que les orientations majeures de la nouvelle Communauté des Croyants.

Mahomet, marchand mecquois

Avant la révélation coranique, Muhammad (de son nom arabe [1]) est un représentant presque parfaitement typique de l’aristocratie marchande de La Mecque. Membre de la tribu des Quraysh qui domine alors la ville, il fait partie des Hashîmites, l’un des deux clans principaux de la tribu. Il est recueilli par son oncle maternel Abû Tâlib après la mort de ses parents : cet homme influent est en mesure de lui garantir une protection assez importante dans la ville, et sera l’un de ses premiers partisans. La Mecque est alors une ville prospère, qui tire sa richesse de deux éléments : le commerce et les pèlerinages – s’y trouve en effet un sanctuaire païen, qui attire un grand nombre de personnes. Elle a également sur sa région une supériorité militaire certaine. C’est là que Muhammad mène, jusqu’à ses quarante ans environ, une vie de marchand ordinaire – profession caractéristique de la tribu des Quraysh, à qui elle a permis de s’enrichir. Il fait un beau mariage en épousant une riche veuve, Khadîja, de vingt ans plus âgée que lui et dont il était l’homme de confiance depuis la fin de son adolescence ; il en aura quatre filles, dont Fâtima [2] qu’il mariera au fils de son protecteur, ‘Alî ibn Abû Tâlib. Citadin, sédentaire, habitué au maniement des armes en raison des conflits qui opposent parfois les tribus mecquoises à d’autres tribus, Muhammad sait lire, écrire et calculer, et a, en tant que marchand, une bonne connaissance des produits d’échange. Son métier a également pu lui permettre de voyager, notamment en accompagnant des caravanes commerciales vers la Syrie. Le récit traditionnel de sa vie insiste enfin sur l’importance des liens familiaux, fondamentaux dans une Arabie du VIIe siècle qui s’organise sur une base tribale, voire clanique ; l’opposition entre les deux clans principaux de la tribu des Quraysh, les Hashîmites et les Umayyades, sera effectivement un enjeu essentiel dans les premiers temps de l’islam.

La prédication coranique

La première révélation, effectuée par le truchement de l’ange Gabriel et contenant la sourate 96 du Coran, a lieu vers 610-611 sur une montagne non loin de La Mecque. C’est à partir de 615 que Muhammad commence à prêcher la « nouvelle religion » dans la société mecquoise, et notamment au sein du clan Hashîmite : les premiers initiés, selon la tradition, sont Khadîja, Abû Tâlib et son fils ‘Alî ; ‘Umar – qui deviendra plus tard calife – ferait également partie des tout premiers convertis. La prédication coranique se heurte toutefois très vite à l’opposition des Umayyades, qui redoutent de voir détruire le sanctuaire mecquois et, avec lui, les bénéfices que rapportent les pèlerinages. Les attaques contenues dans la prédication elle-même contre les Mecquois, dont le paganisme et l’amour de la richesse sont dénoncés, poussent même certains Hashîmites à s’élever contre Muhammad, surtout lorsque Abû Lahab, l’un de ses détracteurs, devient le chef du clan après la mort d’Abû Tâlib en 619 [3]. C’est que l’organisation sociale de La Mecque, fondée sur les liens tribaux, est également remise en cause par la prédication mahométane, qui promeut le modèle d’une communauté de croyants égaux. En conséquence de cette situation, Muhammad, de plus en plus isolé, quitte La Mecque en 622 avec ses partisans : c’est l’Hégire [4], « la séparation » ou « l’exil » (« hijra » en arabe). L’importance primordiale de cette rupture est manifestée par le choix – sous le calife ‘Umar – de cette date comme début du calendrier musulman : c’est à ce moment en effet que l’Islam, déjà affirmé depuis quelques années comme religion, atteste de sa vocation à former une communauté politique. Un premier serment est prêté par soixante-dix notables représentant les tribus arabes de l’oasis de Yâthrib – la future Médine, située à 350 km environ au nord-ouest de La Mecque – à ‘Aqaba où ils rencontrent Muhammad : le reconnaissant comme prophète, ils jurent de le défendre et de le protéger, tandis que Muhammad se voit investi du rôle d’arbitre dans les conflits inter-tribaux. Pacte défensif, le serment d’‘Aqaba tel qu’il est rapporté par Ibn Ishaq définit aussi les orientations de l’État islamique à venir : il appelle tout à la fois à la paix – entre les croyants, ici entre les tribus arabes de Yâthrib qui étaient en guerre à l’arrivée de Muhammad – et à la guerre, contre les « infidèles » et au nom de Dieu. Ce premier embryon d’organisation communautaire est complété par ce qu’Ibn Ishaq nomme « le pacte entre les Émigrés [« muhâjirûn »] et les Ansâr-s », les ansâr-s étant les nouveaux convertis originaires de Yâthrib : Muhammad y invite notamment à la fraternisation entre les deux groupes, dans le but de créer une communauté solide et indivisible. C’est la véritable naissance de la « Communauté des Croyants [5] », nouvelle forme politique dont le fondement social n’est plus les liens familiaux ou tribaux, mais bien la foi. Muhammad et ses compagnons réalisent ainsi le verset coranique : « Que soit formée de vous une communauté qui appelle au bien, recommande la bonne action et réprouve ce qui est blâmable » (Coran, 3, 104). Une fois la victoire contre La Mecque acquise, et la communauté agrandie par la conversion des tribus mecquoises et par les premières conquêtes, il est donc cohérent que cette nouvelle entité politique se structure à partir des lois contenues dans le texte coranique, qu’elle a également pour but de mettre en œuvre de la manière la plus juste possible, conformément à la volonté divine. La révélation mahométane contient en effet nombre de commandements organisant la vie sociale : appelées « hudûd [6] », ces règles portent notamment sur les crimes et les punitions qui doivent les sanctionner, l’héritage, le mariage, ainsi que les obligations religieuses.

Le chef d’une communauté nouvelle

Au sein de cette communauté nouvelle qui se forme donc avec une rapidité extrême, Muhammad est d’emblée reconnu comme le chef évident et légitime. Considéré comme l’Envoyé de Dieu, le vecteur de la dernière révélation – il est en effet appelé « Sceau des Prophètes », c’est-à-dire celui qui clôt définitivement la révélation abrahamique – il est également un prédicateur et le guide (« imam ») de la communauté religieuse ; la nouvelle organisation médinoise se construisant sur la foi, communauté religieuse et communauté politique se confondent et toutes les prérogatives sont ainsi dévolues à Muhammad. La ville même d’origine de cette communauté nouvelle, son lieu de naissance, tire son nom – et son existence – directement de Muhammad : c’est pourquoi elle s’appelle « madînat al-Nabî », « la ville du Prophète », ce qui a donné le nom « Médine ». Bâtie dès l’origine contre un ennemi, contre une menace, cette communauté est également militaire, d’autant plus que sa pauvreté originelle la pousse à attaquer des caravanes commerciales afin d’assurer sa subsistance. Se met dès lors en place une idéologie de la conquête, du butin, qui marquera durablement l’État islamique. En 624, l’attaque par les musulmans d’une caravane appartenant au chef du clan des Ummayades déclenche la bataille de Badr, où les musulmans l’emportent malgré leur infériorité numérique : ce triomphe – seul affrontement militaire mentionné dans le Coran – soutient une conception sacrée de la victoire, considérée comme un don de Dieu et la preuve de son soutien, et donc de la justesse du combat mené par les musulmans. En décembre 629, des négociations entre Muhammad et le chef du clan umayyade Abû Sufyân aboutissent à l’amnistie pour l’ensemble des habitants de La Mecque, dont une majorité se convertit alors à l’Islam. Détruisant les idoles, le Prophète transforme le sanctuaire païen de La Mecque en sanctuaire musulman, où il effectue un pèlerinage peu de temps avant sa mort. Lorsque celle-ci survient, en 632, Muhammad a fait bien plus que de remplir sa mission prophétique : il a non seulement transmis la révélation coranique aux populations environnantes, mais aussi lancé un mouvement de conquête territoriale qui se poursuivra pendant plus d’un demi-siècle et assurera aux musulmans le contrôle d’un immense empire ; il a précisé, dans l’allocution connue sous le nom de « Discours de l’Adieu », les principaux points de la loi islamique ; il a instauré, en l’islamisant, le rituel à l’origine païen du pèlerinage à La Mecque ; il a assuré la cohésion d’une communauté fondée sur la foi et le respect des règles coraniques ; il a enfin fondé, lors de l’Hégire, les premières mosquées, celle de Qubâ – aux abords de Médine – et celle qui est appelée « masjid al-Nabawî », « mosquée du Prophète », où aurait eu lieu la première prière du vendredi effectuée à Médine.

Toutes les bases de l’islam, comme religion mais aussi en tant que modèle d’organisation sociale et politique, sont donc jetées au moment de la mort de Mahomet. Prophète, prédicateur, chef militaire, politique et religieux, Mahomet parvient en moins de vingt ans à rassembler autour de lui un très grand nombre d’hommes prêts à former une communauté nouvelle, même si des divisions importantes demeurent – notamment entre anciens et nouveaux convertis, et entre Mecquois qurayshites et ansâr. Il est véritablement non seulement le fondateur, mais le pivot autour duquel tout s’organise ; après sa mort, et dans l’absence d’indications précises concernant sa succession, il faudra créer une institution spécifique pour prendre sa suite : ce sera le rôle du califat.

Bibliographie

 Régis Blachère, Le Problème de Mahomet : Essai de biographie critique du fondateur de l’islam, Paris, Presses Universitaires de France, 1952, 136 pages.
Anne-Marie Delcambre, Mahomet, Paris, Éditions Desclée de Brouwer, 2003, 149 pages.
Émile Dermenghem, Mahomet et la tradition islamique, Paris, collection Points Seuil, 2003, 187 pages.
Maxime Rodinson, « Mahomet ou Muhammad (571 ?-632) », Encyclopédie Universalis.
Éric Vallet, « Cours d’initiation à l’histoire de l’Islam médiéval », ENS Ulm, 2011-2012.
Centre de recherches d’histoire des religions (Strasbourg), La vie du prophète Mahomet, Colloque de Strasbourg, octobre 1980 ; publié à Paris, Presses Universitaires de France, 1983, 182 pages.

[1] Qui signifie « digne de louanges ».

[2] Elle donnera son nom aux Fâtimides, dynastie connue pour avoir régné sur l’Égypte aux Xe-XIe siècles : chiites, ils prétendirent descendre de ‘Alî et Fâtima dans le but de légitimer leur ambition califale.

[3] L’année 619 sera par la suite surnommée « l’année du deuil » : en effet, outre son protecteur Abû Tâlib, Muhammad perd également sa femme Kharîja cette année-là.

[4] Le mot « hégire », « hijra » en arabe, signifie « exil », « émigration » ou « séparation ».

[5] En arabe, le mot « umma » (« communauté ») désigne par défaut cette communauté de croyants, même s’il a pu prendre à partir de la fin du XIXe siècle un sens politique au moment de la montée du nationalisme arabe et, notamment, du nationalisme égyptien.

[6] Pluriel du mot arabe « hadd » qui signifie « limite », « borne », « définition ».

Cet article expose très clairement une biographie succincte de Mohamet et des débuts de l’Islam. Mais elle est de l’ordre du ouï-dire et aucun document historique, écrit quelconque, fouilles archéologiques ou autres ne permet d’en attester la véracité. Elle est invérifiable scientifiquement. Alors, pourquoi ne serait-ce pas un récit mythique comme celui d’Hercule, Achille ou Ulysse ? Inversement, quelles indications historiques ou scientifiques précises nous permettraient-elles de mettre ce récit en doute ?

Il se fait que de telles indications, très solides, même indubitables, ont récemment été découvertes. Elles proviennent de l’étude scientifique des origines de l’Islam, l’historiographie islamique et, plus généralement de l’islamologie, qui est une discipline récente datant du milieu du 19e siècle. Ces sciences bénéficient de l’apport des méthodes d’analyse et d’exégèse modernes expérimentées sur la Bible, méthodes initiées par Spinoza dans le TTP, et de manière générale, de l’effort d’interprétation et de compréhension inhérent à la tradition biblique et chrétienne. L’historiographie classique issue de la tradition islamique (naissance de l’Islam entre La Mecque et Médine par la seule prédication de Mahomet, ainsi qu’exposée dans l’article reproduit ci-dessus) est contestée frontalement par l’application des méthodes critiques expérimentées et éprouvées par les recherches sur les origines du christianisme et sur ses manuscrits. Les nouvelles technologies permettent non seulement des études inédites (par exemple l’analyse informatique systématique du texte coranique) mais surtout la mise en réseau de chercheurs issus des domaines les plus variés – histoire, numismatique, archéologie, exégèse, philologie, paléographie, linguistique …  Il s’agit véritablement d’un approfondissement exceptionnel de la méthode historico-critique spinoziste.

Les preuves découvertes remettent en cause TOUS les éléments de l’historiographie traditionnelle musulmane : le lieu (La Mecque), le personnage (Mohamet) et  l’écrit (le Coran) !

A tout seigneur, tout honneur, commençons par le Livre Saint, le Coran, dont l’analyse scripturaire dont nous reproduisons ci-dessous un résumé, suffit à cette remise en cause totale …

Jean-Pierre Vandeuren

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Spinoza, Mahomet, le Coran et l’Islam (2/8)

Le Traité Théologico-Politique

Son titre complet, qui résume la thèse de Spinoza, est :

« Traité théologico-politique contenant plusieurs dissertations qui montrent que la liberté de philosopher non seulement peut être accordée sans dommage pour la piété et la paix de la république, mais aussi qu’on ne peut l’ôter sans ôter en même temps la paix de la république et la piété. »

Spinoza (1632 – 1677) avait la chance de vivre dans le pays le plus libéral de l’Europe, les Provinces Unies, futur Pays-Bas, au beau milieu de ce qu’il est convenu d’appeler « le siècle d’or néerlandais » (1584 – 1702). Une relative tolérance religieuse y favorise le développement d’idées et la diffusion d’ouvrages qui ailleurs eussent valu la persécution de leurs auteurs. Spinoza est très conscient de cette chance et le but du TTP est de préserver cette liberté de penser : « … puisqu’il nous est échu cette rare félicité de vivre dans une libre république, où l’on reconnaît à chacun une entière liberté d’exercer son jugement et d’honorer Dieu selon sa propre complexion, et où rien n’est tenu pour plus précieux et plus doux que la liberté, j’ai cru faire œuvre méritoire et utile en montrant non seulement que cette liberté est concédée sans dommage pour la piété et la paix de la république, mais encore qu’on ne peut la supprimer sans supprimer aussi la paix de la république et la piété. C’est le point principal que j’ai voulu démontrer dans ce traité. »

Mais si la préservation de cette liberté mérite une lutte, c’est qu’elle est menacée. De fait, le calvinisme est devenu religion d’Etat aux Provinces Unies et son dogmatisme pur et dur envers les écritures le mène irrésistiblement vers l’intolérance inflexible envers toutes les autres doctrines et vers la tyrannie, comme l’indique fort clairement l’expérience de Genève qui subit la férule de Calvin de 1541 à 1564, date de la mort de celui-ci.

Cette intolérance dogmatique et cette tendance à la tyrannie découlent de façon nécessaire de l’affirmation que les Ecritures, ici la Bible, Ancien et Nouveau Testament, sont la parole de Dieu même et qu’elles sont incréées, elles constituent la révélation de Dieu aux hommes. Cette révélation est radicale au sens où elle est la racine de la connaissance de Dieu par l’homme et qu’elle exclut tous les autres moyens de celle-ci, notamment par la raison. La raison et l’intuition, la philosophie ou l’expérience nous font découvrir quantité de choses justes sur le monde; par contre, elles n’apportent pas une science autonome, même auxiliaire et complémentaire, sur Dieu. Il n’est pas question de les disqualifier complètement, même en matière de religion. Elles peuvent et doivent servir d’instruments, pour comprendre ou pour interpréter justement les écrits révélés. Toutefois, elles ne constituent ni une source indépendante, ni une instance critique. Elles n’ont de valeur que si elles sont totalement subordonnées et entièrement soumises aux documents de la révélation. On prend de suite conscience du chemin qui mène de ce dogme à l’intolérance totale envers toute autre approche de la divinité. Si les Ecritures sont la parole divine même et que Dieu est omniscient et omnipotent, rien ne peut être opposé à cette parole par les misérables créatures humaines et toute déviation de cette parole devient hérétique et doit être durement châtiée, idéalement par des supplices et la mort. Ce fut d’ailleurs le sort que subit Michel Servet. Ce médecin de génie avait osé s’opposer à Calvin sur un point doctrinal de détail. Coupable de vouloir penser par lui-même, pris de ce fait en haine par Calvin, il finit sur le bûcher à Genève le 26 octobre 1553. Il est d’autres exemples moins connus de ces actes cruels, mais suffisamment documentés. En fait, quand Calvin accéda au pouvoir, les pendaisons, les décapitations et les bûchers se succédèrent au rythme d’un par mois ! Ils sont même avoués par Calvin lui-même dans une lettre à un ami, à propos des supplices vécus par deux frères : « Pour moi, je suis persuadé que ce n’est pas sans un dessein arrêté de Dieu que l’un et l’autre ont eu à subir, en dehors de la sentence des juges, un tourment sous la main du bourreau. ». Balzac écrira plus tard : « La farouche intolérance religieuse de Calvin a été moralement plus compacte, plus implacable que ne le fut la farouche intolérance politique de Robespierre. Sur un théâtre plus vaste que Genève, Calvin eût fait couler plus de sang que le terrible apôtre de l’égalité politique. »

Remarquons que ce dogme de l’incréation du Livre sacré, l’intolérance envers toute déviation par rapport à celui-ci et la tendance à la tyrannie  sont des caractéristiques que l’islam partage avec le calvinisme. Ces deux religions partagent d’ailleurs d’autres caractéristiques, comme les affirmations de la transcendance et la souveraineté absolue de Dieu (« A Dieu seul la Gloire » était la devise de Calvin// « Créateur des cieux et de la terre. Il vous a donné des épouses [issues] de vous-mêmes et des bestiaux par couples; par ce moyen Il vous multiplie. Il n’y a rien qui Lui ressemble; et c’est Lui l’Audient, le Clairvoyant. » (sourate 42, verset 11)), ainsi que celle de la prédestination (« Nous appelons prédestination le conseil éternel de Dieu par lequel il a déterminé ce qu’il voulait faire d’un chacun homme, car il ne les crée pas tous en pareille condition, mais ordonne les uns à vie éternelle, les autres à éternelle damnation. Ainsi selon la fin à laquelle l’homme a été créé, nous disons qu’il est prédestiné à mort ou à vie. » ; « Les uns sont prédestinés à salut, les autres à damnation. »// « A chaque homme nous avons appliqué un destin sur son cou, et, au jour de la résurrection, nous sortirons pour lui un rôle qu’il trouvera déroulé » (sourate 17, verset 13)).

Voilà le danger par lequel est menacée la liberté de penser au sein des Provinces Unies au XVIIe Siècle (tout comme elle menacée en Occident par la montée de l’islam, « soumission » n’est pas un nom attribué sans signification).

Mais ce danger ne peut se concrétiser que par l’accès au pouvoir. Pour Spinoza, le but non avoué de la religion, sous sa forme superstitieuse, est essentiellement politique, l’accession au pouvoir et à la domination, car « … si quelque chose […] préoccupe [les théologiens], ce n’est pas la crainte d’attribuer quelque erreur à l’Esprit saint et de s’éloigner du chemin du salut, c’est d’être convaincus d’erreur par d’autres, de voir ainsi leur autorité foulée aux pieds et d’être méprisés. ». En cela, les théologiens trouvent des alliés chez les puissants de ce monde car « Pour gouverner la multitude, il n’est rien de plus efficace que la superstition. » (Quinte-Curce), et le résultat de cette alliance sera évidemment bénéfique aux deux parties qui y verront leur double autorité renforcée, celle des théologiens par l’interdiction légale de remettre en cause leurs convictions, celle des puissants par l’allégeance idéologique craintive de leurs sujets (« … le grand secret du régime monarchique et son intérêt principal, c’est de tromper les hommes et de colorer du beau nom de religion la crainte où il faut les tenir asservis, de telle façon qu’ils croient combattre pour leur salut en combattant pour leur esclavage, et que la chose du monde la plus glorieuse soit à leurs yeux de donner leur sang et leur vie pour servir l’orgueil d’un seul homme. »)

C’est de cette alliance politique que naît le danger pour la liberté de penser. La religion devient superstition lorsqu’elle se diffuse dans le champ social sous des formes contraignantes, c’est-à-dire lorsqu’une certaine conception de la religion s’impose par la force aux hommes. Autrement dit, la religion devient superstition lorsque la religion devient institution autoritaire : « Ainsi naît la superstition proprement dite, qui se définit par la double croyance en une révélation particulière et en la nécessité d’accomplir, pour être sauvé, certains rites cultuels déterminés. Après quoi, elle se diffuse de la même façon ; car ceux qui manquent d’imagination nous croiront sur parole lorsqu’ils seront eux-mêmes acculés au désespoir, puis transmettront à tous le message, etc. ».

Tel fut le cas dans la ville de Genève. Le fanatisme de Calvin en irrita d’abord ses habitants qui le chassèrent. Quelques années plus tard, le Conseil de la ville, sentant  faiblir son autorité, déjà appuyée sur le protestantisme, fit de nouveau appel à Calvin en prétextant un relâchement coupable des mœurs de leurs concitoyens. Fort de cet appel, Calvin exigea d’entrée de jeu que le Conseil promulgue une loi exigeant de tous les concitoyens l’adoption de sa propre Confession de foi. Pour Calvin, il s’agissait d’asseoir son pouvoir. Si tous les Genevois signaient sa Confession de foi, il devenaitt impossible de formuler le moindre reproche à l’égard de sa théologie. La loi le stipulant, on alla de maison en maison, pour recueillir les signatures. Ainsi fut instaurée la tyrannie à Genève.

C’est aussi ce qui se passa dans les Provinces Unies. Du temps de Spinoza, elles étaient gouvernées par les républicains, formés par la bourgeoisie urbaine, industrielle et commerciale, qui, désirant le développement d’une économie libérale, étaient provincialistes et prônaient la tolérance religieuse. Jan de Witt (1625-1672), du parti républicain, étaient, en 1653, Grand Pensionnaire (président de l’assemblée des représentants des 7 provinces). Leur étaient opposés les orangistes, formés par la famille d’Orange-Nassau, la noblesse, les propriétaires terriens et l’armée, qui, eux, recherchaient un État centralisé et étaient de foi calviniste. Ces derniers finirent par s’imposer et éradiquer la belle et éphémère tolérance religieuse et la liberté de penser. L’alliance de la puissance terrestre (les orangistes) et de la puissance «céleste » (le calvinisme) s’est imposée par un « coup d’état » fomenté par les deux parties de cette alliance : le 20 août 1672, des orangistes provoquèrent une émeute et une foule haineuse d’obédience calviniste massacra les frères de Witt.

Spinoza avait publié le TTP en 1670, sans nom d’auteur et avec une fausse adresse d’impression. Lors de l’assassinat des frères de Witt, il rédigea un pamphlet (voir notre article Ultimi barbarorum (les derniers des barbares) (publié à l’occasion du massacre perpétré à Charlie Hebdo !). Cela n’influença pas le cours de l’histoire dans le sens de tolérance qu’il désirait mais ses écrits restent des outils pour le combat continuel contre l’intolérance religieuse.

Quel est l’outil développé dans le TTP à l’appui de cette lutte ?

On l’a vu, le calvinisme et les religions en général, appuient leur autorité idéologique sur l’affirmation de l’incréation de leurs livres « saints ». Ceux-ci sont proclamés être la révélation divine elle-même et, comme telle, incritiquable. A contrario, pour Spinoza, toute religion est  un fait purement humain et a une fonction exclusivement politique. Pour démontrer ces deux assertions à l’égard de la Bible, Spinoza s’est livré dans le TTP à une exégèse de ses textes au moyen d’une méthode qualifiée d’herméneutique historique (ou d’historico-critique) que nous avons exposée dans notre article Aux racines du Merveilleux : une exploration spinoziste de l’univers des contes (4/9) et utilisée aussi dans notre étude sur les mythes (voir la série d’articles intitulés Il faut sauver le mot Mythe !).

En gros, il s’agit de replacer le mieux possible le livre saint considéré dans son contexte historique, de déterminer quels en sont les auteurs et quelles étaient leurs intentions véritables. Les religions sont des mythes historiques à visées politiques qu’il importe de déconstruire afin de libérer la pensée de leurs carcans.

Nous allons donc appliquer cette méthode au Coran en nous appuyant sur les recherches islamologiques les plus récentes.

Quelle est l’histoire du Coran ? Il y a une histoire diffusée par les musulmans et officiellement reconnue …

Jean-Pierre Vandeuren

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