Méthode spinoziste pour aborder nos problèmes existentiels (4)

Résumé

Une fois son rôle descriptif accompli, la raison doit se faire pratique en passant à l’action. Cette pratique se déroule en deux temps à partir de l’étude descriptive des affects que la raison a effectuée. Il s’agit d’abord de bien analyser le type de frustration des désirs qui a engendré la tristesse – « subjective » ou « objective » – et ensuite de réorganiser les sentiments et les forces pour se les allier dans le sens de notre propre Désir et ainsi augmenter de facto notre puissance. Cette réorganisation va elle-même se décliner en plusieurs formes en fonction de l’analyse précédente. On peut présenter ces formes sous le schéma suivant :

                                                                 Frustration

                                                      ⁄                                         ↘

                                              ⁄                                                            ↘

                              Subjective                                                           Objective

                       ⁄                       ↘                                              ⁄                      ↘

               ⁄                                         ↘                             ⁄                                   ↘

Réaliser l’aspect                   Action sur les               Définitive                         Récupérable

Positif de la Tristesse :        causes imaginatives          ↓                                  ⁄             ↘

Révélation et détermination   de notre Tristesse        ↓                  Désir changé  Désir               De notre puissance                                                                                                                                                                                                                           ↓                           ⁄                inchangé

                                                                                            ↓                    ⁄                           ↓

                                                                         Réorientation du Désir                                                                                                                                                                                 Transformer

                                                                                                                     Les forces d’opposées

                                                                                                                     En alliées en utilisant

                                                                                                                     La force imaginative

                                                                                                                     Des autres

 

Un exemple : le cas de l’épuisement professionnel (« burnout »)

Le burnout est d’abord ressenti comme un épuisement physique. Tous les témoignages l’attestent. On peut trouver sans peine d’innombrables tels témoignages sur la toile. Un livre a été écrit à ce propos par Mme Aude Selly : « Quand le travail vous tue » (interview : http://sosburnout.fr/quand-le-travail-vous-tue-aude-selly-un-temoignage-sans-concession.html).

Pour rendre l’application plus concrète, nous reproduisons ci-après deux récits recueillis sur la toile :

Premier récit (http://www.brefinfoscgt.org/article-recit-d-un-burn-out-a-peut-vous-arriver-91890005.html)

Cela fait déjà deux ans que je vis un cauchemar. J’ai travaillé pendant 30 ans dans une société Américaine, dans laquelle je me donnais à fond. J’avais toutes les qualités d’une parfaite assistante, je ne disais jamais non. Mes supérieurs hiérarchiques m’appréciaient et me félicitaient tout le temps. Mes évaluations annuelles étaient toujours au top, tout allait bien…

Le problème, c’est que ma charge de travail s’amplifiait de plus en plus, sans que je m’en rende compte : elle avait pratiquement triplé en 4 ans.

Mon corps me faisait souvent souffrir, je faisais des infections rénales à répétition. Je perdais du poids, je n’avais plus d’appétit, je vomissais très souvent.

Je faisais beaucoup d’insomnies.

Très souvent je me levais la nuit pour travailler sur des dossiers compliqués (c’est la nuit que je trouvais les solutions pour résoudre mes dossiers).

Souvent le matin je faisais des crises d’angoisse (tremblements, sueurs, vomissements et crises de pleurs), j’attendais que ça passe et hop ! c’était reparti….

Rien ne me stoppait, je refusais d’écouter mon corps. J’adorais mon travail, je me sentais indispensable et unique – je ne voulais pas décevoir ma hiérarchie, ils comptaient sur moi, je voulais être un bon élément et je savais très bien que si je baissais les bras, tout d’écroulerait.

Je m’interdisais les échecs : ce travail c’était 30 ans de ma vie, je ne voulais pas le perdre.

Malgré ma persévérance, mon corps n’arrivait plus à me suivre, il me faisait de plus en plus mal, à tel point que j’avais de plus en plus d’idées suicidaires (me jeter sous le train, me jeter du 7ème étage de la société). Je ne savais plus comment m’en sortir, je n’avais plus de solutions, il fallait que je me suicide.

Je devenais un boulet pour moi-même, j’étais dépassée, chaque tâche journalière devenait une souffrance, tout devenait un effort surhumain.

Un mois avant de tomber malade, j’étais en vacances et je devais rentrer pour reprendre mon travail ; mais je n’y arrivais plus.

Je me suis donc jetée dans l’escalier, causant un traumatisme de la colonne vertébrale. Ca y est, j’avais un vrai prétexte pour ne pas reprendre le travail… mais la culpabilité m’envahissait et tant bien que mal j’ai repris sans être rétablie. La fatigue me gagnait de plus en plus, je me noyais en haute mer, je savais que j’étais en train de mourir…

Le 19 octobre, le médecin du travail est présente dans les bureaux pour nous vacciner contre la grippe. Je me fais donc vacciner, quelques minutes après ce vaccin je ne me sens pas bien, je vais boire un verre d’eau et là je m’écroule, plus rien, je n’arrive plus à respirer, je n’en ai plus la force. Ils appellent les pompiers (en présence du médecin du travail), ils me mettent sous oxygène, mais je respire de plus en plus mal. Ils appellent donc le SAMU et ils décident que me conduire à l’hôpital. Diagnostic : « BURN OUT ». C’était la première fois que j’entendais ce mot là.

Et là commence un autre combat; les médecins et la sécurité sociale ne connaissant pas bien ces maladies me disent que ce n’est pas un burn out mais un problème d’enfance ! Je n’ai plus la force de me battre, je les laisse faire.

Le médecin du travail s’inquiète pour moi et décide de m’envoyer dans un service spécialisé où, à mon grand bonheur, on comprend ce que je vis.

le médecin conseil m’a dit que la meilleure solution était de me faire licencier, car il était impossible que j’y retourne. J’ai donc mis fin à 30 ans de bons et loyaux services par une rupture conventionnelle, tous ces efforts et cette souffrance ne m’auront servi à rien.

J’ai tout perdu, aujourd’hui je ne sais vraiment pas ce que va devenir ma vie, je suis démolie, je ne me sens plus la force de recommencer quelque chose, j’ai perdu confiance en moi, je n’existe plus.

Le fait de ne pas savoir ce qui m’est arrivé me détruit de plus en plus, je garde malheureusement comme issue de secours le suicide, je n’ai plus l’énergie ni pour me faire du bien, ni pour me faire du mal, je ne peux plus avancer.

Second récit (http://www.naturopathe-ne.ch/blog/burn-out-la-descente-aux-enfers.html) :

L’année 2012 a commencé en fanfare. Je faisais de la recherche sur un problème qui me passionnait, et j’ai formulé en début d’année une hypothèse qui m’apparaissait aussi révolutionnaire que géniale. Est-ce que je tenais la clef d’une des grands énigmes de l’économie? Ça m’excitait et je travaillais jour et nuit. Je gardais pourtant ma lucidité. Mes collègues ne me suivaient pas. Les révolutions ne sont pas vues d’un bon œil dans le secteur, fussent-elles intellectuelles. Qu’importe me disais-je. Et l’hostilité rampante de mon environnement redoublait mon énergie.

Au mois de Mars j’ai rencontré Caroline et ce fut le coup de foudre réciproque. Nous étions assis côté à côté lors d’un dîner d’anniversaire. A la fin de la soirée nous nous sentions déjà inséparables. Je ne savais pas que la vie pouvait être aussi intense. Ce furent le printemps et l’été le plus radieux de ma vie et jusqu’au mois d’Août je me sentais au top.

En Septembre je fus convoqué dans le bureau de mon chef qui m’indiqua qu’il s’inquiétait pour moi et qu’il ne voulait plus que je perde de temps sur une hypothèse qui lui paraissait, enfin, comment dire … étrange et sans avenir. Ce fut courtois mais ferme. Il me donnait un mois, ou bien il n’y aurait plus de place pour moi au labo. Mon cerveau est entré en survitesse. Un mois ? Comment faire ? Il faudrait des mois, peut-être des années pour accumuler toutes les preuves qui crédibiliseraient mon hypothèse!

C’est le moment que Caroline a choisi me secouer. Je n’étais pas assez disponible. Elle voulait qu’on se marie. Pourquoi ne faisions-nous pas de projets d’avenir ? Et les enfants, est-ce que je voulais un enfant ? Elle oui, bien évidemment, et moi, et moi, et moi …

Un jour d’Octobre je me suis levé à reculons. J’ai pris mon petit déjeuner et je me suis traîné jusqu’au bureau. Je me suis forcé pour dire bonjour aux collègues avant de me terrer dans mon bureau. J’ai pris une feuille de papier et un stylo et je voulais faire un plan d’action. Il y avait un horrible sentiment qui me faisait un vide atroce dans le ventre. Je n’y arriverais pas! C’était mission impossible! Je ne pourrais pas! J’ai tourné, retourné le stylo dans ma main, mais je ne voyais pas d’issue. J’étais tétanisé! Ma tête était vide! Je me sentais ailleurs. Je n’avais jamais rien ressenti de pareil.

Quinze jours plus tard mon chef m’a expliqué qu’il n’avait plus de budget et qu’il regrettait de devoir se séparer de moi. Caroline l’a mal pris et m’a expliqué qu’elle voulait un homme capable de fonder une famille et d’assumer des enfants.

C’est à ce moment-là que j’ai sombré ».

Pour appliquer la méthode que nous avons extraite de l’Ethique, il nous faut en premier lieu décrire la situation (travail de la raison descriptive) pour ensuite analyser le type de désir frustré et en déduire la meilleure action possible (travail de la raison pratique).

Jean-Pierre Vandeuren

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